
Révolte contre l’octroi
Du 1er au 3 juillet 1789, des réjouissances populaires célèbrent à Lyon la réunion des trois ordres – Clergé, Noblesse et Tiers état – décidé dans le cadre des États généraux ouverts à Versailles en mai. Le Te Deum et l’Exaudiat sont chantés en grande pompe à la cathédrale Saint-Jean. Mais cette fête, porteuse d’un immense espoir de réforme politique et sociale, dégénère rapidement en révolte violente contre les barrières et bureaux d’octroi.
📌 L’octroi était une taxe municipale perçue sur les marchandises entrant dans les villes qui frappait les denrées de première nécessité (pain, vin, viande, sel).
📌 Ces émeutes s’inscrivent dans une crise de subsistances aiguë. La très mauvaise récolte de 1788, a été suivie d’un hiver 1788-1789 particulièrement rigoureux ce qui a fait exploser le prix du pain. Les rivières gelées ont paralysé un temps les transports et détruit une partie des moulins bateaux, contribuant à maintenir un prix élevé du blé jusqu’à l’été. À cela s’ajoutent les accusations récurrentes de spéculation et d’accaparement par les marchands et meuniers, perçus comme profitant de la misère. En renchérissant encore les denrées de première nécessité entrant dans les villes, l’octroi cristallise alors toute la colère populaire contre la vie chère.
📌 Les barrières de l’octroi sont saccagées et incendiées par la foule à la porte Perrache, à la porte Saint-Clair et au pont de la Guillotière. Le 3 juillet, une véritable bataille oppose les émeutiers aux forces de l’ordre à Vaise.
📌 De la même manière, à Paris, une nuée humaine s’attaquera au Mur des Fermiers généraux dans la nuit du 12-13 juillet 1789 (veille la prise de la Bastille). Près d’une quarantaine de barrières d’octroi seront incendiées ou endommagées, marquant l’un des premiers actes révolutionnaires du peuple parisien contre l’oppression fiscale.
📌 Révolte contre les privilèges et les taxes jugées arbitraires, la Révolution de 1789 s’ouvre par une lutte contre l’octroi qui est l’un des symboles les plus visibles.
📌 L’Assemblée constituante supprimera une première fois cet octroi le 20 janvier 1791 (application effective au 1er mai). Il sera cependant rétabli sous des formes variables sous le Directoire (notamment en 1798 pour financer les bureaux de bienfaisance), puis pleinement réinstauré sous le Consulat et l’Empire au nom des besoins d’assistance publique et de dépenses urbaines.
📌 À Lyon, l’octroi sera étendu en 1852 aux communes annexées de Vaise, La Croix-Rousse et La Guillotière. Cette extension, accompagnée d’une modernisation des barrières, ravivera le mécontentement populaire.
📌 Supprimé une nouvelle fois le 9 septembre 1870 à l’occasion de la proclamation de la IIe République, il sera rapidement rétabli le 30 juillet 1871, les municipalités peinant à trouver des sources de revenus alternatives.
📌 Une loi de 1897 autorisera enfin les maires à le supprimer, mais sans compensation financière, ce qui dissuadera la plupart des villes. Sous le mandat du maire Victor Augagneur, la ville de Lyon décidera de l’abolir le 28 juin 1901 en mettant en place de taxes municipales de remplacement.
📌 Au niveau national, l’octroi sera définitivement supprimé par le régime de Vichy par la loi du 2 juillet 1943 (effective au 1er août 1943 pour Paris et progressivement ailleurs), officialisée par décret en 1948-1949.
📌 Seul subsiste aujourd’hui l’octroi de mer dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), dont le poids économique et social continue de susciter des débats et manifestations, bien qu’il représente moins de 5 % du prix des produits importés.
~
© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon