Histoire de Lyon – 24 juin 1894

Histoire de Lyon - 24 juin 1894

Assassinat de Sadi Carnot

Le 24 juin 1894, vers 21 heures, le président de la République Sadi Carnot sort d’un banquet donné en son honneur au Palais du Commerce de Lyon. Alors que son cortège s’engage rue de la République, un jeune homme surgit de la foule, saute sur le marchepied de la voiture présidentielle et lui porte un violent coup de poignard.

L’agresseur n’est autre que Geronimo Caserio, un anarchiste italien de 20 ans. Au lieu de fuir immédiatement, il court autour de la voiture en criant : « Vive la Révolution ! Vive l’anarchie ! » Il est rapidement maîtrisé par la foule et la police.

Un président en visite officielle

En fonction depuis 1887, Sadi Carnot se trouvait à Lyon pour inaugurer l’Exposition universelle internationale et coloniale établie au Parc de la Tête d’Or. Ce soir-là, il devait assister à une représentation au Grand Théâtre quand il est frappé au foie par le jeune anarchiste. Transporté en catastrophe à la Préfecture, il reçoit les soins du maire – le docteur Gailleton – rejoint bientôt par le docteur Antonin Poncet, mais il succombe dans la nuit à une hémorragie interne.

Le profil de l’assassin

Geronimo Caserio, ancien apprenti boulanger originaire de Motta Visconti en Lombardie, s’était exilé en France après avoir déserté l’armée italienne pour échapper à la répression. Arrivé à Lyon en juillet 1893, il y avait d’abord travaillé comme portefaix puis reprit une activité de boulanger. Il s’était rapidement intégré aux cercles anarchistes lyonnais, notamment un petit groupe informel dénommé « a pè » (« à pied »), tout en maintenant des liens avec les réseaux italiens.

Militant convaincu, il a agi dans le cadre de la stratégie de la propagande par le fait, qui prône l’attentat exemplaire comme moyen de déstabiliser l’ordre bourgeois et de réveiller les consciences populaires. Lors de son procès, il assumera pleinement son geste : « Nous devons faire notre possible pour détruire la bourgeoisie et les gouvernements. Vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise, si vous voulez ma tête, prenez-la. » Jugé aux Assises les 2-3 juillet suivant, il sera condamné à la peine capitale et guillotiné à Lyon le 16 août 1894.

Un contexte de grande tension

Sadi Carnot gouvernait une IIIe République fragilisée par l’antiparlementarisme (notamment le boulangisme des années 1886-1889) et par une profonde crise sociale. Déçues par le rythme lent des réformes, les couches populaires se tournaient de plus en plus vers le socialisme naissant ou vers l’anarchisme le plus radical.

L’Europe entière était secouée par ces violences politiques : en Russie, le tsar Alexandre II avait été assassiné en 1881 par le mouvement Narodnaïa Volia ; en Allemagne, l’empereur Guillaume Ier avait échappé à plusieurs tentatives ; en France, la vague d’attentats s’était accélérée depuis 1892 avec Ravachol, puis Auguste Vaillant à la Chambre des députés (décembre 1893) et Émile Henry au café Terminus (février 1894).

Carnot avait refusé de gracier plusieurs anarchistes condamnés à mort, dont Vaillant et Henry. Caserio déclarera explicitement vouloir venger ces exécutions et placer son geste dans la continuité directe de l’Ère des attentats.

Réactions et répression

L’assassinat entraîna des émeutes anti-italiennes à Lyon, révélant les tensions xénophobes latentes dans une ville qui accueillait une importante immigration ouvrière italienne. L’armée intervint pour rétablir l’ordre et contrairement au massacre d’Aigues-Mortes de l’année précédente (où les auteurs avaient été acquittés), ce furent cette fois 1 300 personnes qui furent arrêtées et 350 jugées.

Cet attentat a révélé à la fois la fragilité des institutions républicaines face à la violence politique et la radicalisation d’une frange extrême du mouvement ouvrier face aux inégalités sociales persistantes de la Belle Époque. Après l’exécution de Caserio, le mouvement anarchiste évoluera progressivement vers l’anarcho-syndicalisme et l’action collective. L’État consolidera lui son arsenal répressif avec le vote d’une troisième « loi scélérate » interdisant l’anarchisme sous toutes ses formes.

Sadi Carnot est le premier président de la République française assassiné en exercice (suivit de Paul Doumer en 1932) et le seul président de la République inhumé au Panthéon.
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📍 23 rue de la République, 69002 Lyon – Une plaque de marbre sur le palais de la Bourse et une dalle rouge au sol rappellent l’endroit exact du drame.

👉 Histoires lyonnaises : Lyon, capitale de l’anarchie.
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© ExploraLyon – le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 24 juin 1894
📸 © Numelyo – Départ de la dépouille du président Sadi Carnot depuis la Préfecture de Lyon vers Paris.

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