
Le 25 juin 1869, les ovalistes entrent en grève à Lyon. À 9 heures, lors de la pause dans les ateliers des Brotteaux, les ouvrières chargées du moulinage de la soie cessent collectivement le travail. Leur nom vient de la forme ovale des moulins (machines) qu’elles utilisaient pour tordre et préparer le fil de soie brute avant le tissage. Le ‘ moulinage’ qu’elles réalisent est essentiel dans la chaîne de production de la Fabrique lyonnaise.
Les ouvrières quittent bruyamment leurs postes, appellent leurs collègues à les rejoindre et fixent un rendez-vous aux patrons à 15 heures à la salle de la Rotonde. Des groupes de jeunes femmes parcourent alors les ateliers voisins pour « débaucher » les autres ouvrières. L’après-midi, plus d’un millier de personnes, majoritairement des femmes souvent illettrées, se rassemblent. Un écrivain public prend la parole en leur nom. Face à l’absence ou au refus de dialogue des patrons, la grève est déclarée sur-le-champ.
Le mouvement s’étend rapidement à tout le bassin lyonnais. Les grévistes envahissent les rues de la Croix-Rousse, rendant la mobilisation visible et sonore. Beaucoup, logées dans les ateliers, descendent leurs malles dans la rue. Un incident marquant survient près de la rue de Créqui : un patron provoque une ouvrière qui le gifle, déclenchant les vivats de la foule. Dès le 26 juin, la grève devient quasi générale.
Elle dure près d’un mois, jusqu’à fin juillet. Au pic du mouvement, vers le 3-4 juillet, environ 1 800 ovalistes sur 2 400 sont en grève. Leurs revendications sont claires : passer d’un salaire de 1,40 franc à 2 francs par jour et réduire la journée de travail de deux heures.
Les patrons ripostent en important des ouvrières italiennes, en menaçant d’expulsion des dortoirs et en procédant à des licenciements. La répression policière s’intensifie. Malgré cela, les grévistes s’organisent avec l’aide de la section lyonnaise de l’Association internationale des travailleurs (AIT). Elles créent un comité de grève et une caisse de solidarité qui reçoit des fonds de France, de Belgique, d’Angleterre et de Suisse. Le 11 juillet, elles adhèrent officiellement à l’AIT – première corporation féminine à le faire.
La grève s’essouffle faute de ressources mais elle obtient une victoire partielle : le 13 juillet, les patrons acceptent la réduction de deux heures de travail quotidien, sans accorder l’augmentation salariale.
Cette mobilisation reste un événement fondateur : la première grande grève menée par des femmes ouvrières en France. Elle révèle la double exploitation des travailleuses et ouvre la voie aux luttes ouvrières et féministes futures.
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