Histoire de Lyon – 26 octobre 1793

Histoire de Lyon - 26 octobre 1793

La Bastille lyonnaise démolie au nom de la République

Le 26 octobre 1793, les premiers coups de pic sont donnés pour la démolition révolutionnaire des immeubles de la place Bellecour et du château de Pierre-Scize. En pleine Terreur révolutionnaire, pourquoi ces deux symboles – les demeures des riches et la forteresse royale – doivent-ils tomber ?

📌 « Lyon fit la guerre à la liberté ; Lyon n’est plus ».
Insurgée depuis le 29 mai contre la municipalité jacobine (montagnarde) soutenu par la Convention nationale, Lyon (de tendance girondine) a résisté deux mois au siège de l’armée des Alpes avant de capituler le 9 octobre. Trois jours plus tard, la Convention a décrété son châtiment par décret : Lyon est rebaptisée Ville-Affranchie et il est décidé que « tout ce qui fut habité par le riche sera démoli. »

📌 Le marteau d’argent de Couthon
Ce 26 octobre, le représentant en mission Georges Couthon, paralysé des jambes et porté dans un fauteuil, frappe la première façade avec un marteau d’argent, au milieu de la foule. La cérémonie a lieu à l’hôtel de Cibeins, dans l’actuelle rue Paul-Lintier, qui relie la rue du Plat à la place Bellecour. Couthon promettra d’envoyer ce marteau à la Convention dirigée à Paris par les Montagnards. Pas assez intransigeant dans la destruction de la ville, il sera pourtant relevé dans sa mission par Collot d’Herbois et Joseph Fouché qui mèneront une répression autrement plus sanglante.

📌 Les façades de Bellecour
Dessinées au début du XVIIIᵉ siècle par Robert de Cotte, premier architecte du roi, les façades monumentales encadrant la place Bellecour incarnaient l’opulence des grandes familles lyonnaises. Leur destruction, longue et coûteuse, se poursuivra pendant des mois jusqu’à la chute de Robespierre, le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Il faudra attendre le début du XIXᵉ siècle pour les voir renaître.

📌 La forteresse de Pierre-Scize, ancienne demeure de l’archevêque
Au même moment commence la démolition du château de Pierre-Scize, perché à une cinquantaine de mètres au-dessus de la Saône, sur la rive droite. Attesté dès la fin du XIᵉ siècle, le château avait été agrandi par les archevêques de Lyon, maîtres de la ville, jusqu’à devenir leur résidence fortifiée au début du XIIIᵉ siècle. Verrou de l’entrée nord ouest de la ville, il est devenu un point d’appui des remparts de Fourvière au XIVᵉ siècle.

📌 La prison royale
En 1468, Louis XI en a chassé les officiers de l’archevêque pour en faire une prison d’État. Pendant plus de trois siècles, de grands noms y ont séjourné : Ludovic Sforza, duc de Milan et protecteur de Léonard de Vinci, en 1500, le duc de Nemours, gouverneur ligueur de Lyon, en 1594, le marquis de Cinq-Mars, favori de Louis XIII, et son ami François-Auguste de Thou avant leur exécution place des Terreaux en septembre 1642 ou encore le marquis de Sade en 1768.

En août 1789, à l’image de la Bastille à Paris, le gouverneur a remis les clefs au peuple : on n’y a trouvé que trois prisonniers. Mais la Révolution réutilise le lieu pour y enfermer les suspects. Le 9 septembre 1792, une foule a forcé ses portes pour massacrer une dizaine d’officiers du régiment Royal-Pologne qui y étaient détenus.

📌 Disparition
La « Bastille lyonnaise » est finalement rasée jusqu’à ses fondations. Le château royal disparaît entièrement et son rocher va ensuite servir de carrière tout au long du XIXᵉ siècle. Sous Louis-Philippe, l’ingénieur Rohault de Fleury envisagera d’y construire un fort, avant d’y renoncer. Aujourd’hui, seul le quai Pierre-Scize, au pied des vestiges de l’éperon, en garde la mémoire.
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Sources : Association du patrimoine militaire de Lyon et sa région ; patrimoine-lyon.org ; E. Cuaz, Le Château de Pierre-Scize et ses prisonniers, Lyon, 1907 ; F. Dallemagne, Les Défenses de Lyon, 2006 ; Archives parlementaires, séance du 30 octobre 1793 ; musée d’histoire de Lyon (Gadagne).
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 26 octobre 1793
Une vue du château de Pierre-Scize à Lyon, William Marlow, XVIIIe siècle.
Histoire de Lyon - 26 octobre 1793
©️Gallica – Plan de Lyon religieux en 1789, établi par Étienne Reynard en 1860
Histoire de Lyon - 26 octobre 1793
© BML fonds ancien – MS COSTE 1794 – Décret de la Convention nationale ordonnant de la destruction de Lyon.

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