Histoire de Lyon – 25 avril 1942

Histoire de Lyon - 25 avril 1942

Évadé !

Le 25 avril 1942, le général d’armée Henri Giraud arrive à Lyon après s’être évadé huit jours plus tôt, le 17 avril 1942, de la forteresse de Königstein, en Allemagne.

Cette évasion rocambolesque, minutieusement préparée pendant deux ans, a mobilisé les autres généraux prisonniers avec lui, ainsi qu’un réseau de soutien clandestin organisé depuis Lyon, impliquant notamment sa femme et des résistants.

📌 La fureur d’Hitler et ses conséquences

L’évasion de Giraud, perçue comme une humiliation par le régime nazi, provoque une réaction immédiate. Les Allemands suspendent la libération de dizaines de milliers de prisonniers de guerre et de travailleurs du Service du Travail Obligatoire (STO). Hitler, dans une déclaration rapportée, considère Giraud « aussi dangereux à lui seul que trente divisions ». En représailles, les SS assassineront le général Gustave Mesny, qui avait aidé Giraud dans son évasion, le 19 janvier 1945, d’une balle dans la nuque près de Dresde, lors d’un transfert de prisonniers.

📌 Un périple à travers l’Europe

Après avoir traversé l’Allemagne à pied et en train, Giraud atteint l’Alsace le 19 avril 1942. À Mulhouse, il est pris en charge par le réseau Martial, un groupe de résistants alsaciens. René Ortlieb, membre de ce réseau, le conduit à Liebsdorf, où le père Joseph Stamm, curé du village, l’héberge dans son presbytère pendant plus de 24 heures, avec l’aide d’un garde forestier. Giraud est ensuite transféré à la ferme des Ebourbettes, près de la frontière suisse, avant de passer en Suisse le 22 avril 1942. Après un bref séjour en Suisse, où il organise son retour avec les autorités alli Ascenseur, il arrive en zone libre à Vichy fin avril 1942. Là, il rencontre le maréchal Pétain et Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy. Refusant de se rendre aux Allemands, malgré les pressions, Giraud rejette également une proposition controversée : retourner à Königstein en échange de la libération de 600 000 prisonniers de guerre mariés et pères de famille, une offre qui n’aboutit pas, en partie à cause des exigences allemandes et des doutes sur leur sincérité.
À Lyon, Giraud est hébergé dans plusieurs résidences clandestines, dont celle de Françoise Chambe, fille du général René Chambe, son ancien collaborateur. Ces refuges, organisés par des réseaux de résistance et des officiers loyaux, lui permettent de rester caché jusqu’au début de novembre 1942. Le 2e bureau de Vichy, sous la direction d’officiers anti-allemands, facilite également ses mouvements. Le 5 novembre 1942, Giraud embarque finalement au Lavandou à bord du sous-marin britannique HMS Seraph, qui le conduit à Gibraltar, où il arrive le 7 novembre, juste avant le lancement de l’opération Torch.

📌 Un rival de De Gaulle

Giraud incarne une alternative au général Charles de Gaulle pour les Alliés, en particulier les Américains, qui se méfient de l’intransigeance de De Gaulle et de ses ambitions politiques. Giraud, favorable à une vision conservatrice proche des idéaux initiaux de la Révolution nationale de Vichy, mais hostile à la collaboration avec l’Allemagne, séduit ceux qui souhaitent reprendre le combat sans rompre totalement avec les structures de Vichy. Cependant, son manque de vision politique et son style militaire rigide limitent son influence face à l’habileté stratégique de De Gaulle.

📌 Son rôle dans la guerre

Soutenu par les Américains, Giraud prend le commandement de l’Armée d’Afrique après l’opération Torch (8-16 novembre 1942), le débarquement allié en Afrique du Nord. Il dirige les forces françaises lors de la campagne de Tunisie (17 novembre 1942 – 13 mai 1943), contribuant à la victoire alliée contre les forces de l’Axe. Il joue également un rôle clé dans la libération de la Corse (9 septembre – 4 octobre 1943), la première région métropolitaine française libérée.

📌 Déclin politique

De juin à novembre 1943, Giraud co-préside le Comité Français de Libération Nationale (CFLN) à Alger aux côtés de De Gaulle. Cependant, les rivalités sont vives. De Gaulle, grâce à son charisme, son réseau de résistants et son intransigeance vis-à-vis de Vichy, s’impose comme le leader incontesté de la France Libre. Giraud, moins à l’aise dans les jeux politiques et critiqué pour son manque de fermeté contre les anciens collaborateurs de Vichy, est progressivement marginalisé. En novembre 1943, il est écarté de la coprésidence du CFLN, puis perd son commandement militaire en avril 1944. Il se retire de la vie publique, bien qu’il reste une figure respectée pour son patriotisme et son évasion audacieuse.
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📍 Cours Général Giraud, 69001 Lyon
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Histoire de Lyon - 25 avril 1942
Le général Giraud, prisonnier de guerre, durant sa promenade quotidienne en Allemagne.

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