Histoire de Lyon – 24 avril 2006

Histoire de Lyon - 24 avril 2006

Génocide arménien

Le 24 avril 2006 a été inauguré le mémorial lyonnais du génocide arménien place Antonin-Poncet au pied du clocher de l’ancienne église de l’Hôpital de la Charité.

Il rappelle ce jour du 24 avril 1915 où 600 intellectuels Arméniens de Constantinople (actuel Istanbul) furent arrêtés puis massacrés, inaugurant une politique d’élimination systématique et de déportation qui entraînera la mort d’1,2 millions d’entre eux…

Contexte historique

À l’aube du XXe siècle, l’Empire ottoman, en déclin, faisait face à des tensions internes et externes. Dans ses provinces orientales, la menace d’une invasion russe exacerbait les craintes du gouvernement des Jeunes-Turcs, au pouvoir depuis 1908. Bien que les Arméniens, majoritairement chrétiens, aient fait preuve de loyauté envers l’Empire ottoman, notamment au début de la Première Guerre mondiale, ils furent perçus comme une menace potentielle en raison de leur proximité religieuse avec la Russie. Cette suspicion conduisit à une politique d’élimination ciblée.

Entre 1915 et 1923, environ 1,2 million d’Arméniens, soit les deux tiers de la population arménienne de l’Empire ottoman, périrent dans des conditions de détention inhumaines, des massacres ou des déportations forcées vers le désert syrien. Ce génocide s’accompagna d’une destruction systématique du patrimoine culturel arménien, avec la démolition de bibliothèques, d’églises, de monastères.

L’exil et l’intégration en France

Des milliers de rescapés trouvèrent refuge en France, notamment via le port de Marseille. Remontant la vallée du Rhône, beaucoup s’installèrent dans la Drôme, à Vienne, à Valence et dans la région lyonnaise, particulièrement à Décines-Charpieu. Aujourd’hui, la communauté arménienne de Lyon et de sa région, estimée à environ 100 000 personnes, est l’une des plus importantes de France. Elle perpétue sa culture à travers des associations, des églises et des événements commémoratifs.

Chaque année à Lyon, le 24 avril, une marche commémorative est organisée, menant au consulat de Turquie. Cette manifestation réclame la reconnaissance officielle du génocide par la Turquie, qui continue de nier la qualification de génocide, préférant parler de « tragédie » liée au contexte de la guerre. Cette position a parfois été soutenue par des groupes ultranationalistes turcs, comme les Loups Gris, dissous en France par décret le 4 novembre 2020 pour leurs actions violentes et leur négationnisme.

L’Arménie, une histoire de résilience

L’Arménie, premier État à adopter le christianisme comme religion officielle en 301, a une histoire marquée par les conquêtes. Après avoir résisté aux Byzantins, elle fut conquise par les Turcs Seldjoukides au XIe siècle. À partir de cette période, l’Arménie fut fragmentée et soumise à diverses dominations. Au Moyen Âge, le royaume arménien de Cilicie, établi sur la côte méditerranéenne, prospéra comme un centre culturel et commercial jusqu’à sa chute face aux Mamelouks au XIVe siècle. Par la suite, les territoires arméniens furent disputés entre les empires ottoman, perse et, plus tard, russe. Au XIXe siècle, la partie orientale de l’Arménie fut intégrée à l’Empire russe, offrant une relative stabilité, tandis que la partie occidentale, sous contrôle ottoman, fut marquée par des persécutions croissantes contre les Arméniens, culminant avec les massacres hamidiens (1894-1896)… et le génocide de 1915.

Depuis son indépendance en 1991, à la suite de la dislocation de l’URSS, l’Arménie reste confrontée à des défis géopolitiques majeurs. Le conflit avec l’Azerbaïdjan, notamment autour du Haut-Karabagh, a culminé en 2023 avec la conquête militaire de cette région par Bakou qui a provoqué l’exode de plus de 100 000 Arméniens vers l’Arménie. Ce déplacement massif a aggravé l’isolement de l’Arménie sur la scène internationale.

Vers une reconnaissance mondiale

Le génocide arménien est aujourd’hui reconnu par plus de 30 pays, dont la France (depuis 2001), ainsi que par le Parlement européen et le Vatican. Cependant, la quête de justice et de reconnaissance reste un enjeu majeur pour la diaspora arménienne. À Lyon, le mémorial de la place Antonin-Poncet demeure un symbole de mémoire et d’espoir pour une réconciliation fondée sur la vérité historique.
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📍 Mémorial lyonnais du génocide arménien, place Antonin Poncet, 69002 Lyon
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

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