
Bataille de Brignais
Le 6 avril 1362, les « Tard-Venus », des mercenaires errants, écrasent l’armée royale à Brignais, au sud de Lyon, dans une bataille qui marque un épisode sombre de la Guerre de Cent Ans.
📌 Le traité de Brétigny, signé le 8 mai 1360 entre la France et l’Angleterre, avait instauré une trêve de neuf ans dans la Guerre de Cent Ans (1337-1453). Cette pause dans les hostilités laissa des milliers de soldats démobilisés, licenciés par les deux royaumes, sans emploi ni ressources. Incapables de se réinsérer dans une société en crise, ces combattants formèrent des bandes de routiers connues sous le nom de « Tard-Venus » – un surnom ironique, suggérant qu’ils arrivaient après les batailles pour piller les dépouilles.
📌 Ces compagnies, composées de près de 12 000 hommes – principalement des Gascons, Bretons, Flamands, Allemands et Belges – se regroupèrent sous la direction de chefs de guerre charismatiques. Sans employeur fixe, elles sillonnèrent les campagnes françaises par groupes de 100 à 300, semant la terreur et pillant les régions prospères pour survivre.
📌 Après avoir tenté d’assiéger Avignon en 1361, où elles extorquèrent 100 000 florins d’or au pape Innocent VI, les Tard-Venus furent repoussées du Languedoc. Attirées par les richesses de Lyon, elles remontèrent la vallée du Rhône. Leur réputation de violence et leur organisation militaire en firent une menace redoutable pour les autorités locales.
📌 Face à ce danger, une armée royale fut constituée sous le commandement de Jacques de Bourbon, comte de La Marche, et de Louis II, comte de Forez. Forte de 6 000 chevaliers et autant de fantassins et archers, elle quitta Lyon pour affronter les Tard-Venus dirigés par Petit Meschin et Seguin de Badefol, qui s’étaient établis à Brignais (à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de la ville). Mais, sous-estimant leurs adversaires, les chevaliers lancèrent un assaut désordonné et tombèrent dans une embuscade. La bataille tourna au désastre : le comte de Forez et plus de cent chevaliers périrent, et l’armée fut mise en déroute.
📌 Cette défaite s’ajouta à une série d’humiliations pour la noblesse française, déjà ébranlée par la cuisante déroute de Poitiers en 1356. Elle révéla l’impuissance du royaume face à ces bandes organisées, exacerbant le chaos qui régnait sous le règne de Jean II le Bon, alors captif en Angleterre.
📌 En réponse, Lyon renforça en urgence ses défenses : la solde des soldats fut augmentée, l’artillerie modernisée et les fortifications consolidées. Ces mesures dissuadèrent les Tard-Venus de s’attaquer directement à la ville. Ils se tournèrent alors vers le comté de Forez et les terres du seigneur de Beaujeu, qu’ils pillèrent sans relâche. En novembre 1364, ils s’établirent à Anse, avant de rançonner le comté de Mâcon et l’archevêché de Lyon. Ils quittèrent finalement la région en septembre 1365, laissant derrière eux une terre exsangue.
📌 La couronne française, sous Charles V, prit des mesures décisives pour en finir avec ces compagnies. Bertrand du Guesclin, futur connétable de France, remporta une victoire éclatante à la bataille de Cocherel, le 16 mai 1364, contre les forces navarraises de Charles le Mauvais. Par la suite, il chassa les routiers du royaume en les recrutant pour une campagne en Castille au service d’Henri de Trastamare (1365-1367), tout en menant des opérations militaires ciblées contre ceux qui restaient. Par la suite, il parvint à les chasser du royaume, notamment en les recrutant pour des campagnes en Castille au service d’Henri de Trastamare. D’autres Tard-Venus trouvèrent à servir en Hongrie sous Matthias Corvin et en Italie au service du marquis de Montferrat.
📌 Le phénomène des mercenaires ne s’éteignit pas avec les Tard-Venus. À la Renaissance, les lansquenets allemands et les gardes suisses devinrent des figures emblématiques des champs de bataille européens. Plus près de nous, le XXIe siècle a vu l’émergence de sociétés militaires privées comme Academi (États-Unis), Wagner (Russie) ou Sadat (Turquie), héritières modernes de ces compagnies médiévales.
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🖼️ Chroniques de Froissart – Manuscrits Gruuthuse, Paris, BnF – Les Tard-venus défont l’Ost royal en 1362 à Brignais, près de Lyon.
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© ExploraLyon – Le grand jeu sur l’histoire de Lyon
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