Histoire de Lyon – 31 août 1572

Histoire de Lyon - 31 août 1572

Vêpres lyonnaises

Le 31 août 1572, une vague de violence – les « Vêpres lyonnaises » – déferle sur Lyon : la foule massacre les protestants dans les lieux où ils avaient été rassemblés pour leur propre protection, ainsi que dans les rues de la ville.

Ce massacre fait écho à celui de la Saint-Barthélemy survenu une semaine plus tôt à Paris, du 24 au 26 août 1572. Mais pourquoi un tel massacre ?

📌 Le traité de paix de Saint-Germain-en-Laye, signé le 8 août 1570, avait tenté de mettre fin à la troisième guerre de Religion en accordant aux protestants une liberté de culte limitée dans certaines villes, ainsi que quatre places de sûreté (La Rochelle, Montauban, Cognac et La Charité-sur-Loire). La trêve n’avait cependant pas mis fin aux tensions entre le parti ultra-catholique des Guise, soutenu par l’Espagne, et le parti protestant de Condé et Coligny, lié à l’Angleterre et aux Provinces-Unies.

📌 Conseillé par sa mère Catherine de Médicis, le roi Charles IX avait cherché à apaiser les tensions religieuses divisant son royaume en favorisant une politique de conciliation. Il avait rencontré des figures protestantes et avait pris l’initiative audacieuse de marier sa sœur, Marguerite de Valois, avec le prince protestant Henri de Navarre (futur Henri IV).

📌 Célébrée le 18 août 1572 à Paris, cette union censée favoriser la réconciliation des deux partis a au contraire provoqué la fureur des ultra-catholiques, notamment des Guise, qui y ont vu une menace pour leur influence et une concession inacceptable aux protestants.

📌 Le 22 août 1572, alors que les festivités du mariage se prolongeaient dans la capitale où étaient réunis les nobles des deux camps, une tentative d’assassinat a visé l’amiral de Coligny – un coup de feu tiré depuis une maison appartenant à un proche des Guise. L’attentat manqué a provoqué la colère des chefs protestants, qui ont exigé justice et envisagé une riposte. Réunis le 23 août, le conseil royal a fait pression sur Charles IX pour une frappe préventive : éliminer les chefs huguenots avant qu’ils ne puissent agir. Influençable, le jeune roi a cédé à la pression dans la nuit du 23 au 24 août 1572 et ordonné l’élimination ciblée des chefs protestants, déclenchant le massacre de la Saint-Barthélemy.

📌 Par effet de contagion, la fureur catholique s’est propagée dans une dizaine de villes de province entre fin août et octobre 1572. À Lyon, plusieurs centaines de protestants – entre 500 et 800 selon les sources – sont tués, victimes de la vindicte populaire et de l’incapacité des autorités à maintenir l’ordre. Ces massacres ont fait entre 10 000 et 20 000 morts chez les huguenots à travers le royaume.

📌 Le gouverneur de Lyon, François de Mandelot, avait pourtant regroupé les protestants dans des lieux présentés comme des refuges sécurisés : l’Archevêché, le couvent des Cordeliers et le palais de Roanne (actuel palais de justice). Mais la foule envahit ces lieux et exécute les huguenots refusant d’abjurer leur foi.

📌 Parmi les victimes figure le célèbre compositeur calviniste Claude Goudimel (1514-1572), auteur des harmonisations polyphoniques du Psautier de Genève, le recueil de référence du culte réformé mettant en musique les psaumes bibliques. Les protestants rescapés du massacre se réfugient dans des localités voisines comme Oullins et Saint-Romain-au-Mont-d’Or pour y pratiquer leur culte en cachette.

📌 Lyon avait été un centre majeur du protestantisme d’avril 1562 à mi-juin 1563, lorsque la ville avait été occupée par les huguenots pendant la première guerre de Religion. Après la reprise de Lyon par les catholiques en 1563 et la construction d’une citadelle au sommet de la Croix-Rousse en 1564, la ville avait progressivement basculé sous l’influence d’un catholicisme intransigeant.

📌 Ce catholicisme intransigeant – marqué par la destruction des temples protestants en 1567 et ce massacre de 1572 – perdurera jusqu’à l’Édit de Nantes de 1598 qui rétablira une certaine tolérance religieuse.

👉 Musée protestant.
👉 Lyon 1562, capitale protestante
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