
Les amants de Lyon
Le 30 mai 1770, à Irigny, une petite commune au sud de Lyon, Gian Faldoni et Marie-Thérèse Lortet, deux amants éperdument épris, mettent fin à leurs jours dans un acte d’amour désespéré, en se tirant mutuellement une balle dans le cœur.
D’origine italienne, Gian Faldoni s’était imposé comme l’un des plus grands maîtres d’armes de son époque. Sa réputation s’était forgée à Paris, où il avait remporté un duel mémorable contre Joseph Bologne de Saint-George (1745-1799), escrimeur de talent, célèbre violoniste et compositeur. Ce combat, disputé sous les yeux du roi Louis XV, avait consacré sa maîtrise de l’escrime et lui avait valu une renommée considérable. Fort de ce succès, Faldoni s’était ensuite installé à Lyon, où il avait ouvert une salle d’armes prospère, attirant élèves et admirateurs.
À Lyon, Faldoni prit ses quartiers à l’Hôtel Notre-Dame de Pitié, un établissement tenu par la famille Lortet. C’est là qu’il rencontra Marie-Thérèse Lortet, la fille des tenanciers. Leur attirance fut immédiate, mais leur amour se heurta à l’opposition farouche des parents de la jeune femme, qui jugeaient probablement Faldoni, un étranger et homme d’épée, indigne de leur fille. Malgré ces obstacles, leur passion ne fit que croître, défiant les conventions sociales de l’époque.
Le destin frappa cruellement Faldoni lorsqu’il fut victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) lors d’un entraînement d’escrime. Les médecins, pessimistes, annoncèrent que ses jours étaient comptés. Incapables d’envisager une vie l’un sans l’autre, Gian et Marie-Thérèse prirent une décision radicale : mettre fin à leurs jours ensemble, dans un ultime acte d’amour. Pour tromper la vigilance de leurs proches, ils prétendirent partir se reposer à la campagne pour lui et visiter une résidence secondaire pour elle.
Le 30 mai 1770, les deux amants se rendirent à Irigny, près de la chapelle de la maison où ils logeaient. Dans un geste empreint de symbolisme, ils s’agenouillèrent face à face, congédièrent leurs domestiques, et lièrent leurs bras gauches à l’aide d’un ruban attaché à la détente de deux pistolets. Chacun plaça le canon de l’arme sur le cœur de l’autre, et, d’un mouvement simultané, ils tirèrent sur le ruban, s’ôtant mutuellement la vie. Ce rituel, d’une précision presque théâtrale, scella leur union dans la mort.
Dans la poche de Marie-Thérèse, sa mère découvrit une lettre déchirante adressée à sa famille : « Vous avez refusé de m’unir à Faldoni. Je l’aime, je ne puis vivre sans lui. Il va mourir, et je vais le suivre. Adieu. Quand vous lirez ceci, vous n’aurez plus de fille. »
Nos deux amants avaient-ils été inspirés par la tragédie Roméo et Juliette de William Shakespeare publiée en 1597 ?
💬 De passage à Lyon à l’auberge Lortet le jour du drame, Jean-Jacques Rousseau publiera cet épitaphe :
« Ci-gisent deux amants, l’un pour l’autre ils vécurent
L’un pour l’autre ils sont morts et les lois en murmurent
La simple piété n’y trouve qu’un forfait
Le sentiment admire et la raison se tait. »
~
© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon
Cet article vous a plus ? Partagez-le !