Histoire de Lyon – 28 septembre 1694

Histoire de Lyon - 28 septembre 1694

Gabriel Mouton

Le 28 septembre 1694 s’éteignait à Lyon Gabriel Mouton, astronome et mathématicien qui fut un des premiers à proposer une mesure universelle des distances.

📌 Un prêtre savant. Né à Lyon en 1618, Gabriel Mouton reçu les ordres et obtint un doctorat en théologie. En 1646, il fut nommé vicaire perpétuel de la collégiale Saint-Paul, dans l’actuel Vieux-Lyon : il y assura le ministère paroissial pour le compte du chapitre de chanoines. Il bénéficiait alors de la protection de Camille de Neufville de Villeroy, archevêque de Lyon et lieutenant général du roi dans la province. Il consacrait ses loisirs aux mathématiques et à l’astronomie et sa réputation dépassa rapidement le cadre de sa ville.

📌 Le chaos des mesures. Sous l’Ancien Régime, les unités de longueur dérivaient souvent du corps humain : le pouce, le pied, la coudée, la toise… Leur valeur changeait d’une ville ou d’une seigneurie à l’autre, et elles se divisaient par 12 ou par 6 (1 toise valait 6 pieds, 1 pied 12 pouces), ce qui compliquait les échanges comme les calculs.

📌 Une proposition novatrice. Dans ses Observationes diametrorum solis et lunæ apparentium, publiées à Lyon en 1670, Mouton proposa de prendre pour référence une grandeur naturelle, identique pour tous : la Terre elle-même. Les astronomes divisaient depuis l’Antiquité le cercle de la Terre en 360 degrés, et chaque degré en 60 minutes d’arc. Un méridien terrestre, qui fait le tour de la Terre en passant par les pôles, comptait donc 21 600 minutes. Mouton proposa de prendre pour unité de longueur la distance parcourue au sol lorsqu’on se déplaçait d’une minute d’arc le long d’un méridien. Il la nomma milliare – soit la circonférence de la Terre divisée par 21 600. Il divisa ensuite cette unité de dix en dix, comme nos kilomètres, mètres et centimètres. Traduites en mesures actuelles, ses unités auraient donné :
1 milliare ≈ 1 852 m
1 centuria ≈ 185 m
1 decuria ≈ 18,5 m
1 virga ≈ 1,85 m
1 virgula ≈ 18,5 cm

📌 Une idée dans l’air du temps. Pour que chacun puisse retrouver l’étalon sans mesurer la Terre, il proposa de le rapporter à la longueur d’un pendule battant un nombre fixé d’oscillations. Mouton n’était cependant pas seul puisque Jean Picard et le Hollandais Huygens suggérèrent aussi un étalon fondé sur le pendule. Sauf qu’en 1672, l’astronome Jean Richer observa qu’un pendule battait plus lentement à Cayenne près de l’équateur qu’à Paris : la pesanteur variant selon la latitude, l’étalon-pendule perdit son caractère universel.

📌 Un siècle d’attente. Le projet de Mouton resta sans suite de son vivant et il fudra attendre la Révolution pour voir repris l’idée. En 1789, nombre de cahiers de doléances réclamèrent en effet des poids et mesures uniformes afin de soustraire les paysans aux abus seigneuriaux. En 1791, l’Assemblée constituante retint la proposition de l’Académie des sciences d’adopter un mètre. À la différence de celui de Mouton, celui-ci fut défini comme la dix-millionième partie de la distance du pôle Nord à l’équateur. La loi du 7 avril 1795 organisa ensuite le nouveau système métrique et fixa les noms (km, m, dm, cm, mm…)

📌 Mesurer la Terre. Encore fallait-il connaître cette distance entre le pôle Nord et l’Équateur ! De 1792 à 1798, les astronomes Delambre et Méchain mesurèrent par triangulation l’arc de méridien entre Dunkerque et Barcelone et purent extrapoler la longueur du quart de méridien. En 1799, la longueur définitive du mètre fut fixée et matérialisée par un étalon en platine : le « mètre des Archives ». Du mètre découlèrent ensuite les autres unités : un cube de 10 cm de côté fut défini comme un litre, et le poids de ce litre, rempli d’eau à 4 °C, définit comme 1 kilogramme.

📌 Une lente conquête. L’adoption du mètre ne fut pas immédiate, même en France. Napoléon toléra en 1812 des « mesures usuelles » inspirées des anciennes et le système métrique ne devint obligatoire qu’en 1840. Consacré à l’échelle internationale par la Convention du Mètre en 1875, il s’est ensuite imposé presque partout – à l’exception des États-Unis, du Libéria et de la Birmanie qui sont restés attachés à leurs unités traditionnelles dans la vie courante.

📌 Un précurseur. Mouton avait donc formulé, 125 ans avant la Révolution, les deux principes du système métrique : une unité tirée de la nature et une division décimale.

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