
Le ‘Michel-Ange lyonnais’ ?
Le 26 avril 1873 s’éteignait à Lyon Guillaume Bonnet, sculpteur de renom et membre éminent de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon.
Né le 27 juin 1820 à Saint-Germain-Laval (Loire), cet artiste a profondément marqué l’histoire artistique lyonnaise par son style distinctif, alliant réalisme, idéalisme et influences romantiques. Ses œuvres ornent de nombreux édifices publics et religieux de Lyon.
Une jeunesse marquée par le talent
Orphelin dès l’adolescence, Guillaume Bonnet grandit dans un milieu modeste, où peu d’opportunités s’offraient à lui. Pourtant, son talent exceptionnel pour la sculpture est rapidement remarqué par un instituteur perspicace, qui l’encourage à développer son don. À l’âge de 16 ans, en 1836, il intègre l’École des Beaux-Arts de Lyon. Sa capacité à capturer l’essence de ses sujets et sa maîtrise précoce des techniques sculpturales lui valent une reconnaissance rapide, posant les fondations d’une carrière remarquable.
Une carrière entre Lyon, Paris et l’Italie
En 1842, à l’âge de 22 ans, Bonnet s’installe à Paris, centre névralgique de l’art européen au XIXe siècle. Pendant sept ans, il se perfectionne dans les ateliers parisiens et participe aux concours prestigieux de l’époque. En 1847, il remporte la médaille d’or du prix de sculpture pour sa médaille Mercure formant le caducée, une œuvre célébrée pour sa finesse et son élégance classique. La même année, il obtient le second prix de Rome, une distinction qui souligne son talent prometteur, bien qu’il ne décroche pas le séjour à la Villa Médicis. En 1849, Bonnet retourne à Lyon, où il s’établit comme une figure centrale de la scène artistique locale.
Entre novembre 1853 et mai 1854, Bonnet entreprend un voyage de six mois en Italie, un passage presque obligatoire pour les artistes de son temps. À Rome, Florence et Venise, il étudie les chefs-d’œuvre de l’Antiquité et de la Renaissance, s’imprégnant des œuvres de Michel-Ange, Bernin et Canova. Ce séjour enrichit son répertoire stylistique, lui permettant d’intégrer une sensibilité classique à son approche romantique et naturaliste. Les œuvres qu’il crée par la suite portent la marque de cette synthèse, alliant rigueur académique et expressivité moderne.
Un style sculptural unique
Le style de Guillaume Bonnet se distingue par un équilibre subtil entre réalisme et idéalisme, mâtiné d’influences romantiques et naturalistes. Ses sculptures, qu’elles représentent des figures historiques, des divinités mythologiques ou des portraits intimistes, se caractérisent par une intensité émotionnelle rare. Bonnet excelle à transmettre la personnalité et l’intériorité de ses sujets, tout en respectant une précision anatomique irréprochable.
Son talent s’exprime aussi bien dans les sculptures monumentales destinées aux espaces publics que dans les bustes plus intimistes. Sa maîtrise des textures – des drapés fluides aux surfaces polies – et son sens du mouvement confèrent à ses œuvres une vitalité saisissante. Influencé par le romantisme, Bonnet n’hésite pas à insuffler une dimension dramatique à ses compositions, tout en s’inscrivant dans la tradition classique par son attention au détail et à l’harmonie des proportions.
Œuvres emblématiques
Les sculptures de Guillaume Bonnet ornent de nombreux lieux emblématiques de Lyon. Parmi ses réalisations figurent :
– Thalie et Erato (1860), muses de la comédie et de la poésie lyrique, qui ornent le balcon de l’Opéra de Lyon conçu par l’architecte Antoine-Marie Chenavard et rénové par Jean Nouvel.
– La Justice punissant le crime (1862) installée au-dessus de la porte d’entrée de la Cour d’Assise au Palais de Justice.
– De nombreux bustes comme celui de Victor Orsel (1859) actuellement au Musée des Beaux-Arts ou celui du Sénateur Vaïsse (1865) placé au Parc de la Tête d’Or. Cette dernière œuvre rend hommage à Claude-Marius Vaïsse, préfet du Rhône de 1853 à 1864, surnommé le « Haussmann lyonnais » pour ses nombreux travaux d’urbanisme.
– La Fontaine Morand (1860) située sur la Place Maréchal Lyautey dont les éléments décoratifs, inspirés de la Renaissance, témoignent de l’influence italienne sur notre artiste.
Guillaume Bonnet contribue également à l’ornementation du Palais de la Bourse (aujourd’hui siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie). Lors de l’inauguration du bâtiment, le 25 août 1860, Napoléon III lui remet la croix de la Légion d’honneur en guise de reconnaissance pour son rôle dans l’embellissement de la ville de Lyon.
Il est contemporain de Joseph Fabisch (1812-1886) connu pour la statue de la Vierge de Fourvière à Lyon et de Jean-Marie Bonnassieux (1810-1892) auteur du groupe des Heures visible dans la salle de la corbeille du Palais de la Bourse à Lyon.
Un legs artistique et culturel
Guillaume Bonnet a joué un rôle clé dans l’épanouissement artistique de Lyon au XIXe siècle, une période marquée par l’essor économique et culturel de la ville. Ses sculptures, omniprésentes sur les édifices civils et religieux, incarnent l’ambition de Lyon de rivaliser avec Paris comme centre artistique. En tant que membre actif de l’Académie de Lyon, Bonnet a partagé son savoir à travers l’enseignement.
Ses œuvres, admirées pour leur excellence technique et leur beauté intemporelle, restent des témoignages précieux d’une époque où l’art public jouait un rôle central dans l’identité urbaine.
Une dernière œuvre : son autoportrait
Guillaume Bonnet repose au cimetière de Loyasse. Sa tombe est surmontée d’un buste autoportrait où il s’est représenté en penseur médiéval : « On me croit laid. C’est une erreur, je suis beau, mais on ne sait pas me voir. J’expliquerai ma physionomie dans mon buste. Je ne veux pas être un homme incompris. ».
Prolixe et talentueux, Guillaume Bonnet demeure une figure incontournable du patrimoine artistique lyonnais.
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© Exploralyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon


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