Histoire de Lyon – 24 septembre 1924

Histoire de Lyon - 24 septembre 1924

Alexandre Lacassagne, père lyonnais de la criminologie

Le 24 septembre 1924 est décédé à Lyon Alexandre Lacassagne, l’un des fondateurs de la médecine légale moderne et de l’anthropologie criminelle en France.

Des débuts militaires. Né le 17 août 1843 à Cahors, dans le Lot, fils d’hôtelier, Lacassagne est entré en 1864 à l’École impériale du service de santé militaire de Strasbourg. Il y a soutenu en 1867 sa thèse de médecine sur les « Effets psychologiques du chloroforme », avant de servir comme médecin militaire – d’abord à Marseille et Strasbourg, puis en Algérie après la guerre de 1870. Il a observé les tatouages des soldats des bataillons d’Afrique, dont beaucoup étaient d’anciens condamnés et en a tiré en 1881 une étude pionnière sur le tatouage comme marqueur d’identité et de parcours de vie.

Du Val-de-Grâce à Lyon. Agrégé d’hygiène et de médecine légale au Val-de-Grâce à Paris en 1874, il a été nommé titulaire de la nouvelle chaire de médecine légale de la Faculté de médecine de Lyon en 1880, poste qu’il a occupé pendant 33 ans jusqu’à sa retraite en 1913. À Lyon, il a épousé la fille du chirurgien major de l’Antiquaille Joseph Rollet. Ils ont eu trois enfants et un de ses fils – Antoine Lacassagne (1884-1971) – est devenu un pionnier de la cancérologie et de la radiothérapie à l’Institut du radium.

Un savant de terrain. Lacassagne ne concevait pas la science enfermée entre les murs d’un laboratoire. Pour comprendre le crime, il s’est immergé dans le monde de ceux qui le commettaient comme de ceux qui le jugeaient. Il a pratiqué les autopsies à la morgue, suivit les procès au palais de justice et visité les détenus chaque dimanche matin. Il en a rapporté leurs écrits, leurs dessins et leur argot, matériaux qu’il a ensuite étudié avec son équipe de chimistes, toxicologues, physiologistes et entomologistes.

L’École lyonnaise contre Lombroso. Face à l’Italien Cesare Lombroso et à sa théorie du « criminel-né », Lacassagne a défendu le rôle déterminant du milieu social. Au congrès d’anthropologie criminelle de Rome, en 1885, il a résumé sa pensée en une formule restée célèbre : « la justice flétrit, la prison corrompt et la société a les criminels qu’elle mérite ». L’année suivante, il a fondé les Archives de l’anthropologie criminelle, revue de renommée internationale que le sociologue Gabriel Tarde a codirigé à partir de 1893.

Résolution d’affaires complexes. En 1889, un cadavre méconnaissable fut retrouvé dans une malle à Millery, au sud de Lyon. Là où une première autopsie avait échoué, Lacassagne parvint à l’identifier comme l’huissier parisien Gouffé grâce aux cheveux, aux dents et à une ancienne lésion de la cheville. Une enquête qui passionna la France entière et conduisit à la condamnation des auteurs du crime. En juin 1894, ce fut lui qui pratiqua l’autopsie du président Sadi Carnot, que l’anarchiste Geronimo Caserio avait poignardé à Lyon. En 1898, son expertise conclut à la responsabilité pénale de Joseph Vacher, le « tueur de bergers ».

Un héritage durable. Son élève Edmond Locard (1877-1966) a fondé en 1910 à Lyon l’un des premiers laboratoires de police scientifique au monde. En 1921, Lacassagne a légué à la Bibliothèque municipale de Lyon sa collection d’environ 12 000 documents : livres, écrits de détenus, affiches et gravures. Elle forme aujourd’hui le fonds Lacassagne.

Regard critique. Tout n’a pas bien vieilli dans son travail. Resté attaché à la phrénologie de Gall, Lacassagne a par exemple proposé de classer les criminels selon les régions du cerveau qu’il supposait dominantes. Ces présupposés, typiques de l’anthropologie criminelle de son temps, ont depuis été abandonnés. Son insistance sur les causes sociales du crime et sur la rigueur de l’expertise demeure en revanche d’une grande modernité.

Une fin tragique. Renversé par une automobile à Lyon , Alexandre Lacassagne a succombé à ses blessures le 24 septembre 1924, à l’âge de 81 ans.

💬 « Le milieu social est le bouillon de culture de la criminalité ; le microbe, c’est le criminel, un élément qui n’a d’importance que le jour où il trouve le bouillon qui le fait fermenter » Alexandre Lacassagne.

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