
Charles Démia, précurseur de l’enseignement mutuel
Le 23 octobre 1689, Charles Démia meurt à Lyon. Ce prêtre est considéré comme un des précurseurs de l’enseignement mutuel. Il a ouvert les premières écoles gratuites pour les enfants pauvres de Lyon et fondé un séminaire souvent présenté comme le premier lieu de formation des maîtres en France.
📌 Un prêtre au service des pauvres
Né à Bourg-en-Bresse le 3 octobre 1637, Charles Démia a perdu très tôt son père, puis sa mère et son unique frère. Élevé par une tante, il a étudié chez les Jésuites de Bourg puis de Lyon, avant d’obtenir un doctorat en droit civil et canonique et de se former à Paris, dans les séminaires de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et de Saint-Sulpice. Ordonné prêtre en 1663, il s’est installé l’année suivante à Lyon, où l’archevêque Camille de Neufville l’a nommé visiteur extraordinaire du diocèse. C’est au fil de ces visites qu’il a été frappé par l’ignorance et la misère des enfants pauvres, livrés à la rue. Pour lui, les instruire, c’était à la fois sauver leur âme, leur apprendre à lire, écrire et compter, et leur ouvrir l’accès à un métier.
📌 Des écoles pour le « pauvre peuple »
En 1666, il a adressé au prévôt des marchands et aux échevins des Remontrances plaidant pour des écoles chrétiennes gratuites. Le consulat lui a accordé deux cents livres par an et, le 9 janvier 1667, la première école gratuite pour les enfants pauvres a ouvert ses portes dans le quartier Saint-Georges. Agrégé en 1669 à la Compagnie du Saint-Sacrement, un réseau de dévots très actif dans les œuvres de charité, Démia a multiplié les fondations dans les paroisses de la ville, puis dans le diocèse, à Villefranche, Saint-Étienne et Saint-Chamond.
📌 Former et encadrer les maîtres
Pour doter ces écoles de maîtres compétents, il a fondé le 27 mai 1672 le séminaire Saint-Charles, à Lyon, où de jeunes ecclésiastiques apprenaient le métier d’enseignant : une école normale avant l’heure. Le 2 décembre suivant, l’archevêque lui a confié « la direction et intendance des petites écoles » du diocèse. Démia a aussitôt constitué un Bureau des écoles chargé de les inspecter. L’archevêque l’a institué officiellement en 1679, et des lettres patentes du roi l’ont confirmé en mai 1680. Il n’a pas oublié les filles : les maîtresses qu’il a réunies sont à l’origine des Sœurs de Saint-Charles.
📌 Un format de transmission original
L’enseignement mutuel repose sur une idée simple : les élèves s’instruisent entre eux, les plus avancés enseignant aux autres sous l’autorité d’un seul maître. Démia en a posé les premiers jalons. Dans ses Règlements pour les écoles de la ville et diocèse de Lyon, il a prévu que le maître s’appuie sur des élèves de confiance, les « officiers ». Ceux-ci maintenaient le calme, faisaient répéter les leçons et aidaient les plus en difficulté. C’est en cela que Démia est un précurseur de l’enseignement mutuel.
📌 Un dernier hommage
Épuisé par une tournée de visites en Bresse, Charles Démia s’éteint à Lyon dans sa cinquante-troisième année. Lors de ses funérailles, dit-on, 1 600 enfants de ses écoles ouvriront le cortège, de la basilique d’Ainay jusqu’au séminaire de la place Croix-Paquet, sur les pentes de la Croix-Rousse.
📌 L’âge d’or de l’école mutuelle
La méthode proprement dite naîtra un siècle plus tard, sans lien direct avec Démia : en Inde, où l’Écossais Andrew Bell la mettra au point à Madras, puis en Angleterre avec Joseph Lancaster. En mars 1815, le baron de Gérando fondera à Paris la Société pour l’instruction élémentaire pour l’acclimater en France, et Lazare Carnot, ministre de l’Intérieur pendant les Cent-Jours, voudra l’imposer. Elle séduira par son économie de moyens, car un seul maître, aidé de moniteurs, peut y instruire des centaines d’enfants dans une même salle. Tout y sera minutieusement réglé : longues tables alignées, mouvements commandés au coup de sifflet, groupes réunis en demi-cercle devant les tableaux de lecture fixés aux murs. Le succès sera immédiat : entre 1815 et 1820, plus de mille écoles mutuelles ouvriront en France, accueillant plus de 150 000 élèves.
📌 Une école prise dans les luttes politiques
Défendue par les libéraux, l’école mutuelle sera combattue par les ultraroyalistes et par une partie du clergé, à l’image de Félicité de Lamennais. Ses détracteurs lui reprocheront de négliger l’instruction religieuse, d’amoindrir l’autorité du maître et d’encourager la désobéissance ou la paresse. Privées de subventions sous leur pression, les écoles mutuelles ne seront plus que 258 en 1827, avec 27 000 élèves.
📌 Le triomphe de l’enseignement simultané
Après la loi Guizot de 1833, l’administration lui préférera l’enseignement simultané, pratiqué depuis la fin du XVIIᵉ siècle par les Frères des écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de La Salle : les élèves d’un même niveau suivent ensemble la même leçon, sous la conduite du maître. L’école mutuelle, que Victor Hugo décrivait comme un « essaim joyeux » déclinera alors définitivement.
📌 Un retour contemporain discret
Ses principes de coopération, d’autonomie et de responsabilisation reviennent aujourd’hui, de façon marginale, dans des pédagogies comme Montessori ou chez certains professeurs de l’Éducation nationale. Vincent Faillet, professeur de SVT au lycée Dorian, à Paris, a ainsi créé une « classe mutuelle » en 2015 : les tables y forment des îlots, les murs se couvrent de tableaux et les élèves circulent pour s’expliquer le cours entre eux. À Lyon, une école de la Croix-Rousse porte aujourd’hui le nom de Charles Démia, même si l’on n’y pratique pas sa pédagogie.
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Sources : Archives municipales de Lyon ; G. Compayré, Charles Démia et les origines de l’enseignement primaire, 1905 ; F. Buisson (dir.), Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire ; Y. Poutet (éd.), Charles Démia (1637-1689), Journal de 1685-1689.
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👉 France Culture : A la découverte de l’enseignement mutuel
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon
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