Histoire de Lyon – 20 octobre 1917

Histoire de Lyon - 20 octobre 1917

Attaque de dirigeable ?

Le 20 octobre 1917, vers 8 heures, un zeppelin allemand survole Lyon. Mais que fait-il si loin du front ? Vient-il bombarder la ville ?

📌 La veille, onze dirigeables ont décollé d’Allemagne pour bombarder les villes industrielles du nord de l’Angleterre. Pour échapper aux défenses anglaises, ils volent à plus de 5 000 mètres d’altitude (où leurs équipages souffrent du froid et du manque d’oxygène). Sur le chemin du retour, de violents vents du nord les ont déportés au-dessus de la France et une ruse de guerre électronique a achevé de les égarer.

📌 En effet, depuis 1915, la France dispose d’un réseau d’écoute et de radiogoniométrie, conçu par le colonel Gustave Ferrié, pionnier de la radio militaire. Ce réseau a découvert qu’avant chaque départ, les dirigeables allemands essaient leurs postes de radio, et leur note caractéristique suffit à donner l’alerte. En vol, perdus au-dessus des nuages, les zeppelins se repèrent grâce à leur radiogoniomètre, qui indique la direction des émetteurs connus : avec deux émetteurs, le navigateur peut tracer deux droites sur sa carte et trouver sa position à leur point de rencontre. Mais encore faut-il que les signaux viennent bien de là où il croit…

📌 Or les écoutes françaises ont révélé que l’un des repères favoris des zeppelins est l’émetteur de la tour Eiffel. Pendant la nuit, le colonel Ferrié a donc fait taire la tour Eiffel pour la remplacer par la station de Lyon-La Doua, réglée à l’identique. Les navigateurs allemands, persuadés de relever Paris, ont tracé leurs droites à partir d’un point faux, et leurs calculs les ont conduits droit sur Lyon. Déjà malmenés par le vent, plusieurs équipages se sont ainsi égarés au-dessus de la France.

📌 Ce matin-là, à bout de carburant, le zeppelin L45 ne vole plus qu’à 3 000 ou 4 000 mètres quand il apparaît dans le ciel lyonnais. L’alerte est donnée, et six avions décollent du terrain de Meyzieu-Jonage. À bord de leur Farman, le brigadier-pilote Scordel et l’adjudant-mitrailleur Léon Gaudet rattrapent le dirigeable après une heure de poursuite, au-dessus des Alpes enneigées, et l’attaquent à la mitrailleuse et aux fusées. Le zeppelin pique vers le sol. Scordel rompt le combat et se pose à Pont-de-Royans, puis redécolle en apercevant un second zeppelin, trop loin pour être rattrapé. À court d’essence, il doit finalement atterrir en catastrophe au sud de Vienne.

📌 Vers 10 h 30, le L45 s’échoue dans le lit du Buëch, à Mison, au nord de Sisteron. Ses hommes ont juste le temps de l’incendier avant d’être faits prisonniers. Le même jour, trois autres dirigeables sont perdus par les Allemands : le L44 abattu près de Lunéville, le L49 contraint de se poser intact près de Bourbonne-les-Bains, et le L50, emporté peut-être par le mistral, qui disparaît en Méditerranée. Un cinquième, le L55, s’écrase en Allemagne. Sur onze zeppelins, seulement six regagnent leurs bases.

📌 Les zeppelins ont inauguré le bombardement des villes loin derrière le front en commençant par l’Angleterre le 19 janvier 1915. Sur la seule Grande-Bretagne, ils ont largué environ 200 tonnes de bombes en une cinquantaine de raids, tuant plus de 500 civils. Mieux défendue, la France les a tenus en respect et les dirigeables n’ont atteint Paris que deux fois, le 21 mars 1915, sans grands dégâts, et le 29 janvier 1916 (26 morts à Belleville et à Ménilmontant). Mais l’effet psychologique a été considérable.

📌 Le raid du 19 octobre 1917 est un coup spectaculaire de la guerre électronique : on ne se contente plus de brouiller les ondes, on s’en sert pour égarer l’ennemi.

📌 Ces deux héritages se rejoindront pendant la Seconde Guerre mondiale. Les escadres de bombardiers porteront le bombardement des villes à un tout autre niveau et la ruse du colonel Ferrié fera école : en 1940, les Britanniques détourneront les faisceaux radio qui guident les bombardiers allemands, puis, à partir de 1943, les Alliés aveugleront les radars ennemis sous des nuées de paillettes métalliques.

📌 Aujourd’hui encore, brouiller ou falsifier les signaux GPS reste une arme de guerre, très utilisée contre les drones et les missiles.

Sources : Historia, n° 224, mars 1967 ; L’Aviation militaire à Lyon-Bron 1912-1972, Slhada ; Louis Ribedeau-Dumas.

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Histoire de Lyon - 20 octobre 1917
© G. DEVRED – Le général Ferrié (Février 1932).

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