Histoire de Lyon – 18 octobre 2010

Histoire de Lyon - 18 octobre 2010

Fermeture de l’Hôpital de l’Hôtel-Dieu

Le 18 octobre 2010, le dernier service médical de l’Hôtel-Dieu de Lyon fermait ses portes. C’est la fermeture d’une institution emblématique de Lyon au service des malades pendant plus de huit siècles.

Fondé vers 1184 par les frères Pontifes près du pont du Rhône (seul sur le Rhône à Lyon jusqu’en 1775), l’établissement fut créé à l’origine pour accueillir les voyageurs et pèlerins pauvres ou malades.

Le médecin écrivain humaniste François Rabelais y exerça à la Renaissance de 1532 à 1535.

La ville fut souvent confrontée aux épidémies, aux disettes et aux tensions. Face à la famine de 1531, la bourgeoisie lyonnaise créa l’Aumône générale pour secourir les indigents et contrôler la mendicité, institution qui ouvrit la voie à l’hôpital de la Charité construit à partir de 1617 pour accueillir plus spécifiquement les pauvres, les vieillards et les orphelins.

Installés comme l’Hôtel-Dieu sur les bords du Rhône, les deux hôpitaux lyonnais furent en concurrence pendant trois siècles.

Au XVIIIᵉ siècle, l’architecte Jacques-Germain Soufflot dota l’Hôtel-Dieu d’une majestueuse façade néoclassique, élevée à partir de 1741 et couronnée d’un dôme. Elle devint le symbole de la prospérité lyonnaise. À l’entrée furent placées les statues de Childebert Ier et d’Ultrogothe, roi et reine mérovingiens, fondateurs en 549 du premier hôpital de la ville en bord de Saône.

La Révolution française frappa durement les deux établissements. Après le siège de 1793, certains administrateurs furent guillotinés et leur nom religieux supprimé : l’Hôtel-Dieu devint l’« hospice général des malades », la Charité l’« hospice des vieillards et orphelins ». En 1794, l’État confisqua leurs biens et leurs finances s’effondrèrent.

Le Directoire rétablit les octrois en 1798 pour financer les hospices. En 1802, sous l’impulsion de Jean-Antoine Chaptal, l’Hôtel-Dieu et la Charité furent réunis sous une administration commune, ancêtre des Hospices civils de Lyon (HCL).

Au XIXᵉ siècle, l’Hôtel-Dieu de Lyon s’affirma comme un haut lieu de la médecine française, notamment en chirurgie et en anesthésie. Héritier d’une longue tradition de chirurgiens-majors recrutés sur concours, il vit s’illustrer des figures majeures comme Amédée Bonnet (1809-1858), pionnier de l’anesthésie à l’éther dès 1847 et spécialiste des maladies articulaires, Louis-Léopold Ollier (1830-1900) dont les travaux sur la régénération osseuse par le périoste ont fait école dans toute l’Europe, Mathieu Jabouley (1860-1913), pionnier de la chirurgie vasculaire et du système nerveux sympathique, et Antonin Poncet (1849-1913), qui prolonga cet héritage avant de transmettre le flambeau à René Leriche (1879-1955).

Au XXᵉ siècle, les destinées des deux hôpitaux divergèrent. Jugé insalubre, l’hôpital de la Charité fut désaffecté en 1921 puis démoli à partir de 1933. Seul son clocher fut sauvé, grâce à la mobilisation des Lyonnais.

À la Libération, en septembre 1944, le dôme de l’Hôtel-Dieu prit feu lors d’échanges de tirs et fut entièrement détruit. Il fut reconstruit d’après les plans originaux de Soufflot entre 1957 et 1972.

Jugé inadapté à la médecine moderne, l’Hôtel-Dieu a vu ses services transférés vers les autres hôpitaux des HCL entre 2007 et 2010.

Le bâtiment a été classé monument historique en 2011 et entièrement rénové pour rouvrir en 2018 sous le nom de Grand Hôtel-Dieu. Il abrite aujourd’hui un hôtel, des bureaux, des logements, des restaurants et des boutiques de luxe parmi lesquelles les Soieries Brochier. Ses cours et ses jardins, ouverts à tous, font le bonheur des Lyonnais.

~
📍 1 Place de l’Hôpital, 69001 Lyon
~
© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 18 octobre 2010
Le pont et l’Hôtel-Dieu en 1768, Lavis d’encre de Chine, Jean-Jacques de Boissieu.
Histoire de Lyon - 18 octobre 2010
© Gallica – Nouveau plan géométral de la ville de Lyon, Vergézy, 1829.

Cet article vous a plus ? Partagez-le !