Histoire de Lyon – 20 juin 1813

Histoire de Lyon - 20 juin 1813

Joseph Chinard (1756-1813) : un sculpteur lyonnais entre néoclassicisme, idéaux révolutionnaires et commandes impériales

Joseph Chinard, né le 12 février 1756 à Lyon et mort dans la même ville le 20 juin 1813, figure parmi les sculpteurs français les plus singuliers de la période 1789-1815.

Formé au néoclassicisme, il développe un style personnel qui allie rigueur antique, naturalisme expressif et sensibilité sentimentale, particulièrement sensible dans ses portraits en buste et ses terres cuites allégoriques privées. Son parcours reflète les tiraillements d’une époque, conciliant convictions politiques initiales et pragmatisme professionnel face aux changements de régimes.

Formation et premiers succès lyonnais

Issu d’une famille de la bourgeoisie artisane lyonnaise (son père Étienne était marchand), Chinard est d’abord orienté vers l’état ecclésiastique avant de se tourner vers les arts. Vers 1770, il entre à l’École royale de dessin de Lyon, alors dirigée par le peintre Donat Nonnotte, puis intègre l’atelier du sculpteur Blaise Barthélémy. Il obtient rapidement des commandes locales : les pendentifs du dôme et les figures des Évangélistes pour l’église Saint-Paul (vers 1780-1781, détruits en 1793), ainsi que des statues pour la chartreuse de Sélignac (1782).

Grâce au soutien du procureur du roi et collectionneur Jean-Marie Lafont de Juys, il séjourne à Rome de 1784 à 1787. Il y exécute des copies d’antiques destinées à une clientèle lyonnaise et remporte, le 12 juin 1786, le prestigieux prix Balestra de l’Académie de Saint-Luc – première victoire française depuis quinze ans – avec son bas-relief en terre cuite Persée délivrant Andromède. Ce succès consacre ses débuts. De retour à Lyon, il épouse Antoinette Perret en janvier 1788. Dès les prémices de 1789, il adhère aux idées nouvelles et met l’allégorie civique au service du projet révolutionnaire.

L’engagement révolutionnaire et l’épreuve de la Terreur

En 1790, il réalise une statue colossale de La Liberté, érigée dans la plaine des Brotteaux pour la Fête de la Fédération du 30 mai.

Lors d’un second séjour romain en 1791, la tonalité subversive de ses créations – notamment un Jupiter foudroyant l’Aristocratie et un Génie de la Raison foulant aux pieds la Superstition – suscite l’inquiétude des autorités pontificales. Arrêté par l’Inquisition dans la nuit du 22 au 23 septembre 1792, il est incarcéré au château Saint-Ange. Libéré le 13 novembre suivant sous la pression diplomatique française (portée par le Conseil exécutif provisoire et le ministère de l’Intérieur de Roland), il est banni des États de l’Église.

Rentré à Lyon, son statut de quasi-martyr en fait une figure artistique majeure de la municipalité patriote. Il conçoit le groupe de La Liberté et l’Égalité destiné à remplacer le relief de Louis XIV au fronton de l’Hôtel de Ville (achevé durant le siège de Lyon en 1793, retiré en 1810). En octobre 1793, en pleine répression jacobine contre la ville insurgée, il est paradoxalement suspecté de modérantisme : on incrimine la présence de couronnes de laurier, jugées crypto-royalistes, sur ses projets décoratifs. Emprisonné à la prison de « Ville-Affranchie », il est acquitté le 28 février 1794, ayant habilement offert à son juge un groupe en terre cuite : L’Innocence sous les traits d’une colombe se réfugiant dans le sein de la Justice. Il se remet aussitôt au service des fêtes républicaines (statue de L’Égalité, buste du conventionnel Chalier). Son épouse Antoinette meurt en septembre de la même année.

Sous l’Empire : consécration et effigies officielles

Le coup d’État du 18 Brumaire ouvre la période de sa pleine maturité économique et institutionnelle. Chinard s’intègre avec aisance au nouvel ordre napoléonien. Élu à l’Académie de Lyon en 1800, il devient professeur de sculpture à l’École spéciale de dessin en 1807, tout en multipliant les séjours à Carrare pour superviser la taille de ses marbres. Il expose régulièrement au Salon de Paris, où il reçoit la grande médaille d’or en 1808.

Lié au milieu de la haute banque lyonnaise installée à Paris, il modèle vers 1801-1802 son célèbre Buste de Juliette Récamier (décliné ensuite en marbre, aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Lyon), chef-d’œuvre de l’art du portrait néoclassique par l’alliance du drapé « à l’antique » et de la vérité psychologique. Parallèlement, soutenu par la famille impériale – en particulier par Élisa Baciocchi – il sculpte de nombreux bustes de Napoléon et de ses proches, tout en contribuant aux grands chantiers du régime (reliefs de l’arc de triomphe du Carrousel à Paris, projets monumentaux pour Marseille). En 1811, il épouse en secondes noces Marie Berthaud, croisée dix-sept ans plus tôt lors de sa captivité.

Il meurt subitement le 20 juin 1813 d’une rupture d’anévrisme. D’abord inhumé dans son jardin, ses restes sont transférés en 1839 au cimetière de Loyasse.

Un style au service de la cité

Au-delà des sinuosités politiques imposées par la survie en temps de révolution, la trajectoire de Chinard offre une réelle cohérence esthétique. Il est demeuré fidèle à deux piliers : l’efficacité de l’allégorie pour incarner l’idéal civique (qu’il soit républicain ou césarien) et une approche du portrait sculpté intimiste, éloignée de la sécheresse d’une certaine école parisienne. Si la plupart de ses réalisations monumentales publiques ont été détruites, l’abondance de ses terres cuites et de ses marbres privés atteste le rôle de premier plan qu’il joua dans l’évolution du goût européen, redécouvert à sa juste valeur lors de la rétrospective lyonnaise de 1909-1910.
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📍rue Chinard, 69009 Lyon
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❓QUIZZ : A quel prix le buste en terre cuite de Juliette Récamier a-t-il été adjugé aux enchères en 2013 ?
✅ Réponse : soɹnǝ 000 9ᘔ
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 20 juin 1813
© ExploraLyon – Buste de Juliette Récamier, Joseph Chinard (1806)

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