Histoire de Lyon – 19 mai 1436

Histoire de Lyon - 19 mai 1436

La Petite Rebeyne de Lyon

Le 19 mai 1436, la tension fiscale qui couve à Lyon depuis plus d’un mois atteint son paroxysme. La « Petite Rebeyne » (du lyonnais rebeyne, émeute) avait éclaté le lundi de Pâques, le 9 avril 1436. Portée par les artisans, les petits métiers et la population roturière, elle cible les officiers royaux chargés de percevoir les impôts et exprime une défiance envers le Consulat (conseil municipal) jugé favorable au roi.

Les Lyonnais protestent contre des impôts royaux qui ont été alourdis pour financer la Guerre de Cent Ans contre les Anglais, puis alourdis pendant la guerre civile opposant Armagnacs et Bourguignons. Après le traité de paix d’Arras du 21 septembre 1435 mettant fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, ces taxes paraissent injustifiées. Les révoltés réclament un allègement des charges, en particulier une réduction ou la suppression de la gabelle sur le sel.

Contexte fiscal et politique

Depuis le rattachement de Lyon au royaume de France en 1312, une fiscalité royale (taille directe et gabelle sur le sel) s’était ajoutée à la fiscalité municipale. L’Église et la noblesse étant largement exemptées, le poids reposait presque entièrement sur les artisans et les petits contribuables. Ces impôts, justifiés par la Guerre de Cent Ans, s’étaient encore alourdis pendant les troubles civils. La paix d’Arras met fin à la guerre entre factions françaises mais ne ramène pas immédiatement la prospérité : les campagnes lyonnaises restent ravagées par les écorcheurs, ces bandes de mercenaires démobilisés.

Les Lyonnais espèrent un compromis. Après une première requête rejetée en février 1436,une délégation menée par le notaire Jean de Condeyssié est envoyée auprès de Charles VII en mai. Mais celle-ci n’obtient qu’un simple délai de paiement. L’annonce du refus royal transforme la contestation en révolte ouverte.

Déroulement de la révolte

La contestation émane des contribuables les plus modestes. Le Consulat, institué en 1320 par charte royale pour limiter le pouvoir de l’archevêque, reste prudent : il n’ose pas s’opposer frontalement au roi dont il tient son existence. Des assemblées populaires rassemblent jusqu’à 2 000 personnes. La foule s’en prend aux commissaires et percepteurs royaux, à certains riches bourgeois et autres contribuables défaillants. Un programme de réforme fiscale local émerge : faire contribuer davantage les plus aisés pour soulager les plus modestes.

Réaction royale

Charles VII vient de reprendre Paris aux Anglo-Bourguignons en avril 1436. Un compromis local est trouvé en son absence pour répartir plus équitablement les impôts. Une fois sa position consolidée, le roi entre à Lyon avec son armée le 20 décembre 1436. La répression est sévère : trois rebelles sont pendus, un barbier est mutilé et environ 120 citoyens sont bannis. Les registres consulaires connaissent ensuite une interruption d’une dizaine d’années, due au climat de peur et à l’autocensure des autorités municipales.

Cette « Petite Rebeyne » illustre les tensions du XVe siècle : le poids de la guerre, la reconstruction de l’autorité royale et la résistance des villes à la centralisation fiscale. La lutte contre le roi anglais Henri VI se poursuivra encore dix-sept ans, jusqu’à la victoire finale de Castillon en 1453.

Malgré sa brièveté, cette révolte marque durablement la mémoire lyonnaise comme un épisode révélateur des rapports conflictuels entre la ville et le pouvoir royal au sortir de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

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❓QUIZZ : Quel surnom est donné à Charles VII qui a mis fin à Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et chassé les Anglais du royaume ?
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