
Visite diplomatique
Le 16 avril 1805, Pie VII fait une halte de quatre jours à Lyon au retour du sacre de Napoléon.
Sa visite s’inscrit dans une période de tension latente entre l’Église et le régime napoléonien. En effet, si le Concordat de 1801 a apaisé les relations après 10 ans de période révolutionnaire qui a vu la promulgation de la Constitution civile du clergé et la nationalisation des biens de l’Église, des articles organiques ont été promulgués unilatéralement par la France en 1802 qui reviennent partiellement sur ce Concordat. L’Église est en effet placée sous étroite surveillance de l’État : nomination des évêques par le gouvernement, interdiction des conciles et des synodes diocésains sans autorisation du gouvernement, publication des bulles pontificales soumises à validation…
Ces articles organiques ne sont pas du goût de Rome qui pensait avoir enfin tourné la page du gallicanisme jacobin révolutionnaire. Pie VII espérait leur retrait en allant à Paris. Sa tentative diplomatique est un échec mais il profite de son séjour en France pour restaurer publiquement le culte catholique dans les villes où il passe.

Lyon accueille le pontife avec ferveur, sous l’égide du cardinal Joseph Fesch, archevêque de Lyon et oncle de Napoléon.
Négociateur actif du Concordat de 1801, Fesch avait su apaiser les divisions du clergé au niveau local en nommant comme vicaires à la fois d’anciens prêtres jureurs et non-jureurs (certains prêtres favorables à la Révolution avaient prêté serment à la Constitution civile du clergé quand d’autres s’y étaient opposés au prix de l’exil ou de la clandestinité). Cette politique de réconciliation avait stabilisé le diocèse après les fractures révolutionnaires. Seule une minorité dissidente, la « Petite Église », refuse encore le Concordat.
C’est également le cardinal Fesch qui, le 1er décembre 1804, avait célébré le mariage religieux secret de Napoléon et Joséphine de Beauharnais, après avoir obtenu l’autorisation expresse de Pie VII. Le pape a en effet exigé cette régularisation canonique comme préalable indispensable à sa présence à la cérémonie du sacre.
L’accueil de Pie VII est grandiose : rues décorées, cloches sonnantes et foule enthousiaste. Le pape, connu pour sa simplicité, répond à cet élan de générosité par des gestes accessibles.
Le 17 avril, il entreprend une excursion en bateau sur la Saône jusqu’à l’île Barbe. Cette île abritant une ancienne abbaye du Ve siècle symbolise les racines chrétiennes de la région.
Le 19 avril, il gravit la colline de Fourvière et réouvre le sanctuaire après des années de confiscation et de désaffectation. Il célèbre une messe dans la chapelle dédiée à Marie puis donne une bénédiction solennelle depuis le haut de la colline aux Lyonnais rassemblés en masse. Dans une ville encore meurtrie par la Révolution, cette bénédiction incarne un message de paix et d’unité.
Le prédécesseur de Pie VII était décédé comme prisonnier du Directoire à Valence en 1799. Pie VII ne le sait pas encore mais son opposition ultérieure aux ambitions napoléoniennes en Italie et son refus d’appliquer le Blocus Continental (face à l’Angleterre) entraîneront aussi sa capture et son emprisonnement en juillet 1809. Napoléon le fera enfermer à Savone puis à Fontainebleau d’où il ne sera libéré qu’en janvier 1814.
L’Histoire retient de lui l’image d’un pape martyr qui a osé défier l’orgueil de l’Empereur et a défendu l’indépendance spirituelle du Saint-Siège face à la puissance temporelle la plus imposante de son temps.

© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon
Cet article vous a plus ? Partagez-le !