Histoire de Lyon – 15 septembre 1870

Histoire de Lyon - 15 septembre 1870

Lyon anarchiste ?

Le 15 septembre 1870, l’anarchiste russe Mikhaïl Bakounine arrive à Lyon.

📌 La France, vaincue par la Prusse, est alors en pleine effervescence. La chute de l’Empire de Napoléon III, suite à la défaite de Sedan, a ouvert la voie à une nouvelle République le 4 septembre. Mais l’orientation de cette nouvelle République reste incertaine, créant une tension palpable entre les différentes factions politiques républicaines et révolutionnaires.

📌 Théoricien de l’anarchisme collectiviste, Bakounine est un révolutionnaire aguerri. Il a déjà participé activement à plusieurs insurrections en Europe – Prague en 1848, Dresde en 1849, où il côtoya Richard Wagner – ce qui lui a valu d’être condamné à mort à deux reprises, livré à la Russie, déporté en Sibérie, puis déchu de sa nationalité russe en plus d’être chassé de nombreux pays.

Sa venue à Lyon n’est pas fortuite : il y voit l’opportunité de concrétiser enfin ses idéaux d’une révolution sociale. Sans le sou, il emprunte de quoi financer son voyage depuis Locarno, transite par Neuchâtel – où il s’entretient avec son fidèle ami James Guillaume – puis par Genève, avant de gagner Lyon.

📌 Bakounine est accompagné de vétérans de l’insurrection polonaise de 1863 (la Pologne est alors sous domination russe), le jeune Valence Lankiewicz, ainsi que d’un dénommé Ozerof. En arrivant à Lyon, il s’étonne de la proximité de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) avec les républicains modérés. Une attitude qu’il juge trop conciliante. Sa vision radicale de la révolution sociale implique en effet le rejet de toute autorité étatique.

📌 Le Comité de Salut public qui a pris le pouvoir le 4 septembre précédent est en effet composé de républicains et de militants de l’AIT. Ses membres les plus radicaux ont hissé le drapeau rouge sur l’Hôtel de Ville et libéré les détenus politiques. Ils se sont enrôlés avec 10 000 autres citoyens dans la garde nationale.

📌 En réaction à l’activisme de la frange la plus radicale (AIT), le Gouvernement de la Défense nationale a hâté la tenue d’une élection municipale. Celle-ci se tient le lendemain de l’arrivée de Bakounine et porte au pouvoir le maire modéré Jacques-Louis Hénon. Le Comité de Salut public est dissous. En réaction, les radicaux de l’AIT, soutenus par Bakounine, créent dès le 17 septembre un nouveau « Comité du Salut de la France » lors d’un grand meeting aux Brotteaux. Leur crainte est qu’une République bourgeoise succède au Second Empire. On voit en effet se recycler des figures comme Adolphe Thiers – qui a réprimé les révoltes des Canuts.

📌 Dès lors, Bakounine se jette dans la bataille. Sous son impulsion, les réunions publiques se multiplient et prennent un tour de plus en plus radical ; les motions les plus extrêmes y sont accueillies avec enthousiasme. Le 24 septembre, une assemblée présidée par Eugène Saignes, un plâtrier-peintre très écouté des ouvriers lyonnais, vote plusieurs résolutions politiques. Le lendemain, le Comité central du Salut de la France fait imprimer une grande affiche rouge intitulée « Fédération révolutionnaire des communes » : l’appareil administratif et gouvernemental de l’État, devenu impuissant, y est déclaré aboli (le peuple reprend possession de lui-même) ; les tribunaux sont suspendus au profit d’une justice populaire ; le paiement des impôts et des dettes hypothécaires est suspendu ; toutes les municipalités existantes sont dissoutes et remplacées par des comités de salut de la France dans chaque commune fédérée, chacun envoyant deux délégués à une Convention révolutionnaire appelée à siéger à l’Hôtel de Ville de Lyon.

📌 C’est dans ce contexte que Bakounine tente d’impulser un nouveau soulèvement. Le soir du 27 septembre, le Comité se réunit pour arrêter un plan d’action : Bakounine plaide pour une manifestation armée, mais la majorité préfère une démonstration pacifique. Un comité exécutif de huit membres, émanation du Comité central, signe une proclamation convoquant le peuple place des Terreaux le lendemain à midi.

📌 Le coup de force est donné le 28 septembre : le Comité central du Salut de la France investit l’Hôtel de Ville. Vers midi, plusieurs milliers de Lyonnais se pressent sur la place des Terreaux ; une centaine d’hommes déterminés, menés par Saignes, forcent la porte du bâtiment, où pénètrent Bakounine et d’autres militants du Comité. Le maire Hénon et le préfet Paul Challemel-Lacour se retrouvent retenus dans l’édifice, tandis que du balcon les insurgés réaffirment le programme de la « Fédération révolutionnaire des communes » et appellent le général Cluseret à prendre la tête de l’armée révolutionnaire.

📌 Les ouvriers de la Croix-Rousse descendent alors aux Terreaux pour soutenir la prise de pouvoir – mais Cluseret, chargé de les armer et de les rallier, se contente de les inviter à descendre en masse et sans armes. Pendant que le Comité, installé dans l’Hôtel de Ville, perd deux à trois heures précieuses à rédiger des résolutions au lieu d’agir – Bakounine réclamant en vain l’arrestation immédiate du préfet, du maire et du général Mazure – la Garde nationale des quartiers bourgeois, fidèle au gouvernement en place, s’organise et intervient en armes devant la Mairie. Elle disperse les émeutiers et reprend le contrôle du bâtiment…

L’Hôtel de Ville n’aura été occupé que quelques heures : la tentative est un échec, et la rupture est actée entre les républicains modérés et les radicaux de l’AIT.

📌 Au retour du maire, escorté par la garde bourgeoise, Bakounine, croisé dans le hall, est arrêté et enfermé dans une pièce du bâtiment. Il est malmené et dépouillé de son portefeuille par des gardes bourgeois, avant d’être délivré de force par des tirailleurs favorables au mouvement, qui mettent en fuite un groupe pourtant bien plus nombreux. Libre mais amer, et déçu par le manque de soutien des masses populaires qu’il espérait voir se soulever, Bakounine passe la nuit chez un ami lyonnais avant de s’enfuir à Marseille dans la nuit du 29 septembre puis de regagner Genève.

👉 L’éphémère Commune à Lyon a mis en lumière les tensions entre les républicains modérés et les révolutionnaires les plus radicaux, ainsi que le rôle de la bourgeoisie dans la défense de l’ordre établi. Karl Marx lui-même jugera sévèrement l’épisode, estimant que Bakounine et Cluseret avaient gâché un mouvement qui, jusque-là, se développait bien à Lyon. La Commune de Lyon préfigure la Commune de Paris qui sera un temps victorieuse avant d’être massacrée par l’armée du gouvernement de Versailles avec la bienveillance des forces prussiennes.

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💬 « L’État n’est pas la patrie, c’est l’abstraction, la fiction métaphysique, mystique, politique, juridique de la patrie. Les masses populaires de tous les pays aiment profondément leur patrie ; mais c’est un amour réel, naturel. Pas une idée : un fait… Et c’est pour cela que je me sens franchement et toujours le patriote de toutes les patries opprimées. » Mikhaïl Bakounine.

💬 « L’État a toujours été le patrimoine d’une classe privilégiée quelconque : classe sacerdotale, nobiliaire, bourgeoise ; classe bureaucratique à la fin, lorsque, toutes les autres classes s’étant épuisées, l’État tombe ou s’élève, comme on voudra, à la condition de machine. » Mikhaïl Bakounine.
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👉 Histoires lyonnaises – Lyon, capitale de l’anarchisme.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 15 septembre 1870
© Archives municipales de Lyon – Affiche du « Comité du Salut de la France » placardée dans la ville le 28 septembre 1870.

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