Histoire de Lyon – 15 septembre 1870

Histoire de Lyon - 15 septembre 1870

Lyon anarchiste ?

Le 15 septembre 1870, Mikhaïl Bakounine arrive à Lyon dans un contexte de bouleversement national. La France, vaincue par la Prusse, est en pleine effervescence. La chute de l’Empire de Napoléon III, suite à la défaite de Sedan, a ouvert la voie à une nouvelle République le 4 septembre, mais son orientation reste incertaine, créant une tension palpable entre les différentes factions politiques.

📌 Bakounine, théoricien de l’anarchisme collectiviste, est un révolutionnaire aguerri. Déchu de sa nationalité russe et chassé de nombreux pays européens, il a déjà participé activement à des insurrections passées. Sa présence à Lyon n’est pas fortuite : il y voit l’opportunité de concrétiser ses idéaux d’une révolution sociale.

📌 Il est accompagné de vétérans de l’insurrection polonaise de 1863 (la Pologne est alors sous domination russe). Sa critique de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), qu’il juge trop conciliante avec les républicains modérés, est le reflet de sa vision radicale et de son rejet de toute autorité étatique.

📌 À Lyon, la République a été proclamée le 4 septembre, immédiatement après la nouvelle de la défaite. Un Comité de Salut public, composé de républicains comme de militants de l’AIT, a pris le pouvoir. Certains de ses membres ont hissé le drapeau rouge, symbole révolutionnaire, sur l’Hôtel de Ville. Les détenus politiques ont été libérés et 10 000 personnes ont été enrôlées dans la garde nationale.

📌 Le Gouvernement de la Défense nationale a hâté la tenue d’une élection municipale pour éviter que les franges les plus extrémistes ne dominent les républicains modérés. Elle s’est tenue le 16 septembre et a porté au pouvoir le maire modéré Jacques-Louis Hénon. Le Comité de Salut public a été dissous pour revenir à un ordre plus conventionnel. C’est dans ce contexte que Bakounine va tenter d’impulser un mouvement radical.

📌 Il s’indigne de l’alliance de l’AIT avec les républicains et perçoit le danger de voir une République bourgeoise succéder à l’Empire. Il craint le retour de figures comme Adolphe Thiers, célèbre pour avoir réprimé les révoltes des Canuts, ou Léon Gambetta, perçu comme un politicien opportuniste.

📌 L’action de Bakounine culmine le 28 septembre : deux comités révolutionnaires, composés principalement d’anarchistes – le « Comité de salut de la France » et le « Comité central fédératif » – envahissent alors l’Hôtel de Ville. Ils prennent en otage le maire Louis Hénon et le préfet Paul Challemel-Lacour et proclament une « Fédération révolutionnaire des communes combattantes ».

📌 La tentative échoue cependant. Les ouvriers de la Croix-Rousse, malgré leur mécontentement, descendent sans armes aux Terreaux. La Garde nationale des quartiers bourgeois, fidèle au gouvernement en place, intervient alors et disperse les émeutiers. L’Hôtel de Ville n’a été occupé que quelques heures. Déçu par le manque de soutien des masses populaires, Bakounine négocie son exfiltration de l’Hôtel-de-Ville et s’enfuit à Marseille dans la nuit du 29 septembre.

📌 La Commune à Lyon a duré du 4 au 28 septembre. Elle met en lumière les tensions entre les révolutionnaires les plus radicaux et les républicains modérés, ainsi que le rôle de la bourgeoisie dans la défense de l’ordre établi. Elle préfigure la Commune de Paris qui sera massacrée par l’armée du gouvernement de Versailles avec la bienveillance des forces prussiennes.
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💬 « L’État n’est pas la patrie, c’est l’abstraction, la fiction métaphysique, mystique, politique, juridique de la patrie. Les masses populaires de tous les pays aiment profondément leur patrie ; mais c’est un amour réel, naturel. Pas une idée : un fait… Et c’est pour cela que je me sens franchement et toujours le patriote de toutes les patries opprimées. » Bakounine.

💬 « L’État a toujours été le patrimoine d’une classe privilégiée quelconque : classe sacerdotale, nobiliaire, bourgeoise ; classe bureaucratique à la fin, lorsque, toutes les autres classes s’étant épuisées, l’État tombe ou s’élève, comme on voudra, à la condition de machine. » Bakounine.
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👉 Histoires lyonnaises – Lyon, capitale de l’anarchisme.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 15 septembre 1870
© Archives municipales de Lyon – Affiche du « Comité du Salut de la France » placardée dans la ville le 28 septembre 1870.

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