
Insurrection des Voraces
Le 15 juin 1849, après deux jours d’agitation croissante dans le quartier ouvrier de la Croix-Rousse à Lyon, éclate une insurrection républicaine, portée par les cris de « Vive la Révolution démocratique et sociale ! Vive la Montagne ! ».
Ce soulèvement est orchestré par le club des Voraces, une société ouvrière fondée en 1846, composée principalement de canuts, qui se réunissaient pour débattre, boire et défendre leurs idéaux républicains.
Un an et demi plus tôt, le 24 février 1848, la monarchie de Juillet du roi Louis-Philippe avait été renversée, donnant naissance à la IIe République. Le club des Voraces avait joué un rôle clé dans cet événement à Lyon. Ses membres s’étaient emparés des forts de la Croix-Rousse, avaient saisi des armes et pris le contrôle de l’Hôtel de Ville et de la préfecture, où ils avaient hissé le drapeau rouge, symbole de leur aspiration à une république sociale. Ces actions s’inscrivaient dans la continuité des révoltes des canuts de 1831 et 1834, violemment réprimées par la monarchie orléaniste.
Portés par cet élan révolutionnaire, les Voraces avaient même lancé une expédition à Chambéry en avril 1848 aux côtés de républicains savoyards pour y proclamer la République mais cet épisode de courte durée s’était soldé par un échec.
Avec la proclamation de la IIe République, des avancées sociales et politiques significatives sont obtenues en France : la liberté de la presse, le suffrage universel masculin, l’abolition de l’esclavage dans les colonies et la création des Ateliers nationaux pour lutter contre le chômage. Cependant, ces progrès sont rapidement menacés. Les élections législatives d’avril 1848 donnent une large majorité au Parti de l’Ordre, coalition de monarchistes orléanistes et légitimistes, hostiles aux réformes sociales. En juin 1848, la fermeture des Ateliers nationaux à Paris provoque une insurrection ouvrière, réprimée dans le sang lors des Journées de Juin (22-26 juin 1848), avec des milliers de morts. Enfin, l’élection présidentielle de décembre 1848 porte Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence, un homme dont les ambitions autoritaires inquiètent les républicains radicaux.
En 1849, la situation se tend davantage. Le gouvernement républicain français, sous la pression des conservateurs, soutient le Pape Pie IX contre la République romaine, proclamée à Rome sous l’égide de Mazzini et Garibaldi. L’expédition militaire française, lancée en avril 1849 pour rétablir le pouvoir pontifical, est perçue comme une trahison des idéaux républicains par les Voraces et leurs alliés. À Lyon, cet affront s’ajoute à la désillusion face à une République qui semble glisser vers un régime bourgeois éloigné des aspirations sociales de 1848.
Quand les Voraces apprennent qu’une manifestation républicaine menée par la Montagne a été lancée le 13 juin précédent à Paris en réaction à l’intervention militaire française à Rome, ils se soulèvent à leur tour le 15 juin 1849.
Cependant, leur mouvement ne va pas avoir le temps de prendre de l’ampleur ni de s’emparer des armes stockées au fort Saint-Laurent. Après avoir contribué à la révolution de 1848, la Garde nationale composée pour partie de canuts avait en effet été désarmée dès juillet 1848 pour limiter son potentiel révolutionnaire. Privés d’armes et mal organisés, les insurgés ne peuvent résister à l’intervention rapide de l’armée. Le soulèvement est écrasé en quelques heures, au prix d’une cinquantaine de morts et de nombreuses arrestations.
Selon la légende, les derniers membres du club des Voraces se seraient réfugiés dans la traboule de la Cour des Voraces, avant d’être traqués et abattus par les soldats. Bien que cette histoire soit ancrée dans la mémoire locale, les sources historiques restent floues sur cet épisode précis.
Le pressentiment des Voraces était juste : la République, déjà fragilisée, bascule définitivement lorsque Louis-Napoléon Bonaparte orchestre un coup d’État le 2 décembre 1851, dissout l’Assemblée nationale et proclame le Second Empire un an plus tard, le 2 décembre 1852. Cet événement marque la fin des espoirs d’une République démocratique et sociale portés par les canuts et leurs alliés.
Malgré l’échec de cette dernière insurrection de 1849, le club des Voraces reste un symbole de la lutte ouvrière et républicaine et de son combat pour la justice sociale.
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📍 Cour des Voraces, 9 place Colbert, 69001 Lyon
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💬 « Le peuple devient sans culotte quand ses tyrans ne lui en laisse pas et vorace si fécondant la terre par ses travaux il ne peut avoir sa part du pain quotidien ». Mention gravée sur une médaille éditée par les Voraces.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

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