
Exécution de Marc Bloch
Le 16 juin 1944, le célèbre historien Marc Bloch est extrait de la prison de Montluc à Lyon, où il a été torturé par la Gestapo. Avec vingt-six autres résistants, il est conduit à Saint-Didier-de-Formans dans l’Ain où ils sont fusillés dans un champ. Selon le témoignage de survivants du convoi, ses dernières paroles auraient été : « Vive la France ! »
Un parcours d’historien et de citoyen
Né le 6 juillet 1886 à Lyon dans une famille juive alsacienne profondément républicaine, Marc Bloch incarne la figure de l’intellectuel engagé et patriote. Reçu à l’École normale supérieure, agrégé d’histoire en 1908, il a mené une carrière universitaire brillante : Montpellier, Amiens, Strasbourg, Paris (Sorbonne), puis Clermont-Ferrand en 1940.
Ancien combattant de la Grande Guerre (blessé à deux reprises), il n’a pas hésité à s’engager à nouveau en 1939. Après la défaite de 1940, il a mis sa femme et leurs six enfants à l’abri avant de rejoindre la Résistance à Lyon sous le pseudonyme de « Narbonne » au sein du mouvement Franc-Tireur. Il est rapidement devenu l’un des organisateurs de la Résistance en région Rhône-Alpes.
Dénoncé, il a été arrêté le 8 mars 1944 et torturé. La Gestapo n’a pas réussi à le faire parler et l’a exécuté à l’âge de 57 ans (un mois seulement avant la libération de Lyon).
Un renouvellement majeur de la méthode historique
Avec Lucien Febvre, Marc Bloch avait fondé en 1929 la revue Annales d’histoire économique et sociale qui a profondément transformé le métier d’historien. Contre une histoire traditionnelle trop centrée sur les événements politiques et les grands hommes (l’« histoire-bataille »), Febvre et Bloch ont défendu une histoire totale, ouverte à l’économie, à la sociologie, à la géographie et à l’anthropologie, et attentive aux structures de longue durée comme aux mentalités collectives.
Ses principaux ouvrages illustrent cette démarche novatrice :
Son ouvrage posthume Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien (1949), rédigé pendant l’Occupation, constitue un véritable manifeste méthodologique. Bloch y insiste sur la nécessité de poser les bonnes questions au passé, de croiser les sources et de pratiquer une histoire « en construction » plutôt que définitive.
L’analyse lucide de la défaite
Dans L’Étrange Défaite (écrit à chaud en 1940), Bloch livre une analyse implacable de la débâcle française de 1940. Il met en cause l’incurie des élites militaires et politiques, le poids des routines mentales, l’apathie d’une partie de la bourgeoisie et le retard pris par la France dans la modernisation de son armée et de son économie.
« Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. »
« Les révolutions ont toutes une vertu, inhérente à leur élan : elles poussent en avant les vrais jeunes. J’abhorre le nazisme. Mais, comme la Révolution française, à laquelle on rougit de la comparer, la révolution nazie a mis aux commandes, que ce soit à la tête des troupes ou à la tête de l’État, des hommes qui, parce qu’ils avaient un cerveau frais et n’avaient pas été formés aux routines scolaires, étaient capables de comprendre ‘le surprenant et le nouveau’. Nous ne leur opposions guère que des messieurs chenus ou de jeunes vieillards. »
Dès 1943, dans les Cahiers politiques clandestins, il réfléchit aux réformes nécessaires à la reconstruction du pays. Il insiste particulièrement sur l’enseignement : revalorisation du métier d’enseignant, développement de la curiosité intellectuelle, de la culture générale et de l’esprit critique chez les élèves et les futurs cadres de la nation.
Un héritage toujours vivant
Marc Bloch incarne l’alliance entre exigence scientifique et engagement civique. Son refus de séparer la recherche historique rigoureuse de la réflexion sur le présent en fait une figure majeure du XXe siècle. « L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire la connaissance du présent ; elle compromet dans le présent l’action même. » (Apologie pour l’histoire, 1943). Son œuvre et son exemple continuent d’inspirer les historiens qui, aujourd’hui encore, pratiquent une histoire ouverte, critique et soucieuse de comprendre le monde.
🗓️ Du 10 juin au 15 juillet 2026, l’exposition “Résister à L’Étrange défaite : Marc Bloch et le mouvement Franc-Tireur ” est à découvrir sur les grilles de la Préfecture de Lyon.
🗓️ Ce 23 juin 2026, Marc Bloch fera son entrée solennelle au Panthéon où il va retrouver d’autres résistants exécutés pendant la guerre : Jean Moulin, Jean Zay, Pierre Brossolette et Missak Manoukian. Une reconnaissance nationale largement méritée.
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💬 « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. »
💬 « La France, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture. J’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. »
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📍 Rue Marc Bloch, 69007 Lyon
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

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