Histoire de Lyon – 16 juin 1944

Histoire de Lyon - 16 juin 1944

Mort d’un géant

Le 16 juin 1944, l’historien Marc Bloch est sorti par la Gestapo de la prison de Montluc où il vient d’être torturé. Il est emmené avec 26 autres résistants à Saint-Didier-de-Formans dans l’Ain où ils sont abattus dans un champ.

📌 Né à Lyon le 6 juillet 1886, Marc Bloch était issu d’une famille d’origine juive alsacienne. Après des études à l’École Normale supérieure de Paris et l’agrégation obtenue en 1908, il était devenu un professeur d’Histoire reconnu.

📌 Il avait notamment enseigné à Montpellier, Amiens, Strasbourg, Paris et enfin Clermont-Ferrand. Engagé comme officier d’infanterie pendant la guerre de 1914-1918, il avait été blessé deux fois. Père de cinq enfants en 1939, il s’était engagé à nouveau et avait participé à la bataille de France. Après la défaite, il avait envoyé sa famille en sécurité à Fougères en Bretagne avant de rejoindre à Lyon le mouvement clandestin ‘Franc-Tireur’ sous le pseudonyme de « Narbonne ». Il avait ensuite gravi les échelons au sein de la Résistance qu’il avait contribué à organiser au sein de la région Rhône-Alpes.

📌 Ses écrits – Les Rois thaumaturges (1924), Les Caractères originaux de l’histoire rurale française (1931) et La Société féodale (1940) – font de lui un spécialiste du Moyen-Âge. Nous lui devons d’avoir profondément renouvelé la méthodologie historique en incitant à l’interdisciplinarité et au travail collectif. Marc Bloch a été novateur en intégrant l’économie, la sociologie et l’anthropologie à une époque où l’Histoire était surtout centrée sur les événements et largement réécrite pour correspondre aux narratifs du nazisme ou du communisme.

📌 Sa méthodologie est résumée dans son ‘Apologie pour l’histoire, ou Métier d’historien‘ publiée à titre posthume en 1949. Elle a été mise en pratique au sein de la revue Les Annales cofondée avec Lucien Lefebvre en 1929 (revue francophone d’histoire la plus diffusée dans le monde).

📌 Après la défaite de 1940, Marc Bloch avait cherché à en comprendre les origines dans son ouvrage ‘L’étrange défaite’. Cette dernière était due selon lui en grande partie à la nullité des chefs politiques et militaires et à l’apathie de la bourgeoisie française.

📌 Anticipant la Libération, il avait réfléchi dès 1943 aux réformes nécessaires à la reconstruction de la France ; des considérations exprimées dans la revue clandestine les ‘Cahiers politiques de la France combattante’ : « Il est donc impératif et urgent de réformer la formation des élèves et étudiants, des maîtres, des cadres de la haute administration en développant la curiosité intellectuelle et la culture générale, tout en revalorisant les salaires des enseignants afin d’attirer vers la carrière les jeunes attirés par des métiers plus lucratifs ».

📌 Dénoncé le 8 mars 1944, il avait été arrêté par la Gestapo et interné à la prison de Montluc. Son exécution après trois mois de détention intervient dix jours seulement après le débarquement de Normandie et un mois avant celui de Provence qui permettront la libération de Lyon le 3 septembre 1944.

📌 Marc Bloch laisse le témoignage d’un grand patriote et d’un historien qui a profondément renouvelé la méthodologie historique.
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💬 « L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire la connaissance du présent ; elle compromet dans le présent l’action même. » Apologie pour l’histoire, Marc Bloch, 1943.

💬 « Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. » L’Étrange défaite, Marc Bloch, publié à titre posthume en 1946.

💬 « Les révolutions ont toutes une vertu, inhérente à leur élan : elles poussent en avant les vrais jeunes. J’abhorre le nazisme. Mais, comme la Révolution française, à laquelle on rougit de la comparer, la révolution nazie a mis aux commandes, que ce soit à la tête des troupes ou à la tête de l’État, des hommes qui, parce qu’ils avaient un cerveau frais et n’avaient pas été formés aux routines scolaires, étaient capables de comprendre ‘le surprenant et le nouveau’. Nous ne leur opposions guère que des messieurs chenus ou de jeunes vieillards. »

💬 « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. »

💬 « La France, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J’y suis né, j’ai bu aux sources de sa culture. J’ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux. »
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📍 rue Marc Bloch, 69007 Lyon
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

Histoire de Lyon - 16 juin 1944

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