
La gare d’eau de Perrache
Le 13 juin 1827, une ordonnance royale autorise la ville de Lyon à concéder aux frères Seguin le terrain nécessaire à la création d’une gare d’eau à Perrache. La concession est officialisée le 30 octobre suivant. Cette décision marque un tournant dans l’histoire du quartier et du transport fluvial lyonnais.
Au début du XIXe siècle, Lyon connaît une expansion économique fulgurante grâce à ses industries textiles et à son commerce florissant. Le transport fluvial sur le Rhône et la Saône joue un rôle essentiel pour l’approvisionnement en matières premières et l’exportation des produits manufacturés. Pourtant, les infrastructures portuaires traditionnelles sont saturées : les quais sont constamment encombrés, et les opérations de chargement et déchargement restent lentes, coûteuses et peu efficaces.
Les frères Seguin, ingénieurs et entrepreneurs visionnaires (Marc Seguin en tête, célèbre pour ses innovations ferroviaires et ses ponts suspendus), proposent une solution révolutionnaire : la construction d’une gare d’eau moderne à Perrache. Cette infrastructure, pensée comme un véritable hub multimodal, vise à optimiser les transbordements entre la voie d’eau et la voie terrestre naissante.
La gare d’eau de Perrache est édifiée entre 1828 et 1832 sur environ 12 hectares. Elle comprend un bassin de 200 mètres de long sur 50 mètres de large, relié au Rhône par un canal (le « Goulet »). Des quais équipés de grues et de rails facilitent un transbordement rapide et mécanisé des marchandises – principalement du charbon, des matériaux de construction et des denrées.
Dès son ouverture, la gare est étroitement raccordée au réseau ferroviaire : d’abord à l’embarcadère de Saint-Étienne (1829), puis à la gare du Bourbonnais (1845), construits par la Compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon, dont les frères Seguin sont les acteurs principaux (22% des parts). Cette interconnexion fluide entre fleuve et rail propulse Perrache au rang de centre logistique majeur de la région.
Pour renforcer l’équipement portuaire de Lyon, une seconde gare d’eau est aménagée à Vaise (nord-ouest de la ville) dès 1828. Ces deux installations de Perrache et Vaise connaissent une intense activité de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle, traitant des centaines de milliers de tonnes de marchandises par an.
À partir des années 1850, le développement massif du réseau ferroviaire concurrence directement le transport fluvial. Cette évolution, accentuée par l’arrivée des camions au début du XXe siècle, entraîne le déclin progressif des gares d’eau de Perrache et de Vaise. Leur activité diminue fortement durant l’entre-deux-guerres avant de s’éteindre définitivement après la Seconde Guerre mondiale.
La gare de Perrache ferme en 1954, tandis que celle de Vaise est comblée en 1967 pour laisser place au stade Joseph Boucaud (actuellement géré par l’association « Sport dans la Ville »). L’espace libéré à Perrache est progressivement réaménagé, participant à la profonde mutation urbaine du quartier vers des usages tertiaires et résidentiels.
Le vaste projet de réhabilitation ‘Confluence’ a mené à l’aménagement d’une darse en 2010. Située légèrement plus au sud, elle a partiellement réinvesti l’ancienne zone portuaire. Ce bassin accueille quelques bateaux de plaisance de passage ainsi que les bateaux à louer de l’entreprise Cap Confluent.
Cette darse fait aujourd’hui l’objet d’un projet de baignade urbaine, avec une ouverture possible pour l’été 2027.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon



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