Histoire de Lyon – 14 septembre 1944

Histoire de Lyon - 14 septembre 1944

Lyon, capitale de la Résistance

Le 14 septembre 1944, onze jours après la libération de la ville, le général Charles de Gaulle se rend à Lyon et s’adresse à une foule immense depuis le balcon de l’Hôtel de Ville, place des Terreaux.

Dans un discours vibrant d’émotion, il déclare : « […] Comment dire à Lyon toute l’émotion, toute la gratitude que je ressens dans cette capitale gauloise qui fut ensuite la capitale de la Résistance française […] ».  Ces mots que l’Histoire a retenus consacrent le rôle central joué par la ville dans l’organisation de la Résistance intérieure ainsi que de l’intensité de la répression qu’elle subit.

Lyon doit en partie ce titre à sa position stratégique dans la zone libre. Jusqu’au 11 novembre 1942, date de l’occupation allemande de la zone sud de la France en réaction au débarquement Allié en Afrique du Nord, la cité rhodanienne offre un espace de relative liberté pour l’activité clandestine. Deuxième ville de France, carrefour ferroviaire et fluvial majeur, centre industriel dynamique (chimie, mécanique, textile), elle concentre une population nombreuse, des réseaux syndicaux et intellectuels actifs, et se trouve à proximité relative des massifs où peuvent se constituer des maquis.

De nombreux dirigeants de la Résistance y installèrent une partie de leurs structures. Dès janvier 1942, Jean Moulin, envoyé par le général de Gaulle pour unifier les mouvements du sud, y coordonna une partie de son dispositif. Les mouvements Combat (Henri Frenay, Berty Albrecht), Libération-Sud (Emmanuel d’Astier de La Vigerie) et Franc-Tireur (Jean-Pierre Lévy) y développèrent des organisations importantes. Le couple Raymond et Lucie Aubrac, Yves Farge, Marius Vivier-Merle ou encore le colonel Albert Lacaze y exercèrent une activité clandestine. Lyon fut un véritable creuset où convergèrent informations, ordres et responsables.

La presse clandestine y trouva également un terrain particulièrement fertile. Alors que la presse officielle était soumise à la censure de Vichy et obligé de relayer la propagande, des ateliers secrets – souvent dissimulés en périphérie – imprimèrent et diffusèrent à grand risque des journaux et tracts pour informer la population de la réalité des combats et des actions de la résistance. Des titres comme Combat, Libération ou Franc-Tireur circulèrent largement grâce à ces réseaux courageux.

Une ville profondément meurtrie dans sa chair

L’occupation allemande de la zone sud en novembre 1942 transforma rapidement Lyon en un centre de la répression nazie. La Gestapo, dirigée par Klaus Barbie – le « boucher de Lyon » – y installa son quartier général. La prison du fort de Montluc devint à partir de février 1943 le principal centre de détention de la police politique allemande. Entre 7 700 et plus de 10 000 personnes – résistants, Juifs, otages, réfractaires – y transitèrent dans des conditions souvent effroyables. Beaucoup y furent torturés avant d’être déportés vers les camps ou exécutés…

Parmi les figures emblématiques arrêtées à Lyon ou dans sa région figurent deux résistants entrés au Panthéon :
– Jean Moulin, capturé le 21 juin 1943 lors d’une réunion à Caluire, chez le docteur Dugoujon, avec plusieurs autres responsables. Torturé avant d’être transféré vers l’Allemagne, il est mort le 8 juillet 1943 des suites de ses blessures, probablement en gare de Metz.
– L’historien Marc Bloch, entré dans la Résistance à Lyon sous le pseudonyme de « Narbonne », arrêté, interné, puis fusillé après 3 mois d’interrogatoires le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain) avec une trentaine d’autres détenus.

L’année 1944 fut la plus meurtrière pour les résistants et ennemis du Reich. Dès le 7 janvier, Joseph Serlin, ancien sénateur engagé dans l’aide aux réfractaires du STO, fut enlevé à Lyon par un commando collaborationniste et exécuté le même jour à Dommartin. En avril, la rafle de l’orphelinat d’Izieu, orchestrée par Klaus Barbie, entraîna la déportation de 44 enfants juifs et de plusieurs adultes. D’autres figures illustrent cet engagement et ces sacrifices : Tom Morel (chef des maquis des Glières, tué le 10 mars), André Devigny (évadé spectaculaire de Montluc en septembre 1943), le poète René Leynaud, la religieuse Élise Rivet ou encore le journaliste Yves Farge. Le 27 juillet, en représailles d’un attentat contre le café Le Moulin à Vent, place Bellecour, cinq résistants – Gilbert Dru, Francis Chirat, Léon Pfeiffer, René Bernard et Albert Chambonnet – furent fusillés devant l’établissement, leurs corps exposés toute la journée pour terroriser la population.

Fin août, à l’approche des Alliés, les exécutions s’intensifièrent : 109 détenus de Montluc (dont 72 Juifs) furent massacrés à l’aérodrome de Bron entre le 17 et le 21 août, et environ 120 autres (résistants et Juifs) furent exécutés au fort de Côte-Lorette, à Saint-Genis-Laval, le 20 août.

Ces massacres, auxquels participent parfois des miliciens français, constituèrent les dernières atrocités commises avant la libération de la ville par les troupes de la 1re armée française du général de Lattre de Tassigny, soutenues par les Forces françaises de l’intérieur le 3 septembre 1944.

Une ville meurtrie dans ses pierres

Lyon subit également de lourdes destructions matérielles. Un bombardement allié dévastateur eut lieu le 26 mai 1944 visant les nœuds ferroviaires de Vaise et de la Mouche qui fit de plus de 700 morts, des milliers de blessés et quelque 25 000 sinistrés. De nombreux immeubles furent rasés par ce bombardement dans les quartiers de Vaise, Gerland et Jean Macé (le long de l’avenue Berthelot).

Lors de leur retraite, en août 1944, les troupes allemandes firent encore sauter l’ensemble des ponts de la ville pour ralentir l’avancée alliée (sauf un qui fut sauvé). Pendant les combats de la libération, l’Hôtel-Dieu fut gravement endommagé par un incendie qui détruisit son célèbre dôme.

Le procès de Klaus Barbie

Longtemps après la Libération, les plaies de l’Occupation et de la répression restèrent vives dans la mémoire lyonnaise. Le procès du chef de la Gestapo Klaus Barbie, extradé de Bolivie et jugé à Lyon en 1987 pour crimes contre l’humanité marqua un tournant décisif.

Premier procès de ce type en France, il réactiva puissamment les mémoires endolories à travers des témoignages bouleversants, tout en contribuant, par la solennité de la justice rendue, à clore symboliquement une période particulièrement douloureuse de l’histoire nationale.

📍 Le CHRD (Centre d’histoire de la Résistance et de la Déportation), installé dans l’ancien siège de la Gestapo, constitue l’un des principaux lieux de mémoire et de recherche sur cette période à Lyon. Il travaille activement à la préservation des archives, à la diffusion des connaissances historiques et à la sauvegarde de la mémoire au travers d’expositions, de témoignages et de parcours pédagogiques.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon.

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