
Inventeur de la soie artificielle
Le 11 mars… 1924 est décédé à Paris Hilaire de Chardonnet – de son nom complet Louis-Marie Hilaire Bernigaud, comte de Chardonnet (né le 1er mai 1839 à Besançon). Ingénieur, chimiste et industriel, il est connu à Lyon pour être l’inventeur de la soie artificielle, une innovation qui a marqué l’histoire de l’industrie textile.
Hilaire de Chardonnet a commencé ses études à la faculté des sciences de sa ville natale avant d’intégrer, en 1859, la prestigieuse École polytechnique à Paris, où il a notamment côtoyé Sadi Carnot, futur président de la République (assassiné à Lyon 24 juin 1894). En 1861, par opposition à Napoléon III et refusant de prêter serment au Second Empire, il a démissionné de l’école tout en obtenant son diplôme d’ingénieur des ponts et chaussées. Il a alors rejoint dans son exil autrichien le comte de Chambord, prétendant légitimiste au trône de France, auprès duquel il a servi comme chambellan.
Sa carrière scientifique a véritablement débuté lorsqu’il a été chargé sous la direction de Louis Pasteur d’étudier la pébrine, une maladie dévastant les vers à soie en France. Cette mission l’a conduit à s’intéresser à la sériciculture et à explorer des alternatives à la soie naturelle. En 1866, il a épousé Marie-Antoinette Camille Ruolz de Montchal, fille d’un chimiste lyonnais, ce qui a renforcé ses liens avec le milieu scientifique et industriel local.
C’est un incident fortuit dans son laboratoire qui lui a inspiré l’idée de créer une fibre artificielle imitant la soie. Le procédé consiste à transformer de la cellulose en nitrocellulose par nitration, puis à la mélanger à de l’éther et de l’alcool pour former un collodion avant d’extruder le mélange pour produire des fils textiles. Le 17 novembre 1884, il a déposé le brevet de cette « soie Chardonnet » dont la brillance et la légèreté imitent si bien les propriétés de la soie naturelle. Son innovation a remporté un grand prix à l’Exposition universelle de Paris de 1889.
Par contraste, les allemands inventeront un procédé à base de coton et de cuprammonium et les anglais à base de cellulose du bois dissoute à la soude et au sulfure de carbone.
En 1892, il a fondé la Société de la soie Chardonnet et établit son usine à Besançon lançant ainsi la première production industrielle de textiles artificiels au monde. Son innovation a dû surmonter des défis techniques comme l’inflammabilité et la fragilité des fils mais l’usine a prospéré après des ajustements. Écarté de la direction technique, après quelques années, Chardonnet a fini sa carrière dans une relative précarité financière. En 1952, l’usine a été rachetée par Rhodiacéta qui est rapidement devenu le plus gros producteur français de fil synthétique avant sa fermeture en 1981 face à la concurrence internationale.
Élu membre de l’Académie des sciences en 1919 dans la section des applications industrielles, Hilaire de Chardonnet est mort à Paris le 11 mars 1924. Bien que sa soie artificielle ait été supplantée par des fibres plus stables comme la viscose en 1892 (moins inflammable) ou le Tergal en 1950 (à base de polyester), son travail a jeté les bases de l’industrie des textiles synthétiques. Son héritage est célébré à Besançon et à Lyon où lui est dédiée une place sur les pentes de la Croix-Rousse pour son rôle pionnier dans la révolution industrielle du textile.
© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon
Cet article vous a plus ? Partagez-le !