
Jean-Baptiste Guimet
Le 8 avril 1871 décédait Jean-Baptiste Guimet, industriel lyonnais et inventeur du célèbre « bleu Guimet »
Né le 20 juillet 1795 à Voiron (Isère), Jean-Baptiste Guimet intègre l’École polytechnique (promotion 1813) puis rejoint l’Administration des poudres et salpêtres. Il exerce comme ingénieur à la Poudrière de Lyon à partir de 1830.
En 1825, il épouse Rosalie Bidauld, artiste peintre de l’École de Lyon. Face au prix prohibitif du bleu outremer naturel issu du lapis-lazuli, il lui promet : « Charge-toi de peindre, moi je me chargerai des couleurs. » Cette promesse le pousse à rechercher une synthèse chimique accessible.
En 1826, il met au point la formule d’un outremer artificiel obtenu en chauffant à haute température un mélange de kaolin (argile alumineuse), de carbonate de soude, de sulfate de soude, soufre et de charbon de bois (comme réducteur). Gardant sa recette secrète, il la perfectionne sans cesse pour répondre à toutes les exigences du cahier des charges de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale : faible coût de production, capacité de fabrication en quantités industrielles, et obtention d’un bleu à la fois couvrant, lumineux et résistant dans le temps.
Suffisamment rassuré sur la qualité et la fiabilité de son procédé, il le présente officiellement à l’Académie des sciences le 4 février 1828. Il remporte haut la main le prix de 6 000 francs offert par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale et lance dès lors la commercialisation de son « bleu Guimet » (référence PB29 – CI77007).
Dix fois moins cher que le pigment naturel, son bleu outremer est rapidement adopté par des artistes prestigieux comme Jean-Auguste-Dominique Ingres qui l’utilise pour sa toile L’Apothéose d’Homère (1827). Les débouchés restant limités s’il se cantonne à l’art, Guimet explore très vite d’autres applications. Les années suivantes, il découvre qu’en ajoutant une petite quantité de bleu à la lessive ou à la pâte à papier, on neutralise en effet les reflets jaunâtres et l’on fait paraître le matériau plus blanc. Ce procédé d’azurage du linge et du papier ouvre alors un marché industriel beaucoup plus vaste.
Dès 1831, les très nombreuses commandes le poussent à ouvrir une manufacture à Fleurieu-sur-Saône (dans la banlieue nord de Lyon), qui doit régulièrement s’agrandir.
Lors de la révolte des canuts de novembre 1831, Guimet, alors responsable des poudres, jette ses stocks dans la Saône et le Rhône pour éviter qu’ils ne servent aux combats. Un geste de neutralité qui est salué après coup par les deux camps ; Adolphe Thiers lui propose la Légion d’honneur (distinction qu’il refuse car liée à une « guerre civile »).
Le succès s’amplifie : en 1834, le bleu Guimet reçoit une médaille d’or à l’Exposition de l’Industrie française à Paris. La même année, il démissionne de l’Administration des poudres pour se consacrer entièrement à son entreprise. Il perfectionne continuellement son colorant et élargit encore ses usages : encres, blanchissage du sucre et savonnerie. Plutôt que de se diversifier vers d’autres colorants chimiques, il choisit de dominer son marché en améliorant sans cesse son invention.
Le monopole légal sur son procédé lui assurant une position dominante, il investit en 1855 avec son fils Émile Guimet dans l’usine de Salindres (Gard), spécialisée dans les sulfates et carbonates de soude, qui deviendra plus tard la Compagnie des Produits chimiques d’Alais (ancêtre de Pechiney).
Jean-Baptiste Guimet s’engage aussi dans la vie locale : il siège ainsi au conseil municipal de Lyon de 1843 à 1848.
Il décède le 8 avril 1871 à Lyon et est inhumé au cimetière de Loyasse (allée 9).
Son fils Émile lui succède à la tête de l’usine de Fleurieu-sur-Saône et fonde le musée Guimet qui ouvre à Lyon (1879) et à Paris (1889).
Symbole de l’innovation chimique lyonnaise du XIXe siècle, Jean-Baptiste Guimet illustre parfaitement comment une invention née d’un amour pour les arts a pu démocratiser une couleur mythique et transformer une industrie entière.
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🟦 Polyvalent, le bleu Guimet est largement utilisé jusqu’à aujourd’hui en peinture artistique (huile, acrylique, aquarelle, pastels), dans de nombreux secteurs industriels (plastiques, peintures, encres d’imprimerie, caoutchouc, textiles), comme agent d’azurage (lessives, savons et papiers) et en cosmétique grâce à sa parfaite non-toxicité (fards à paupières, vernis à ongles et maquillages).
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❓QUIZZ : Quel autre colorant inventé à Lyon porte le nom d’une bataille remporté par Napoléon III en Italie en 1859 ?
✅ Réponse : (ǝuᴉǝsoɹ no ǝuᴉsɥɔnɟ ǝןǝddɐ ᴉssnɐ) ɐʇuǝƃɐW ǝ7
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