
Joyau du baroque français
Le 3 avril 1590, un accord est conclu entre les moines chartreux et l’architecte Jean Magnan pour la construction d’une nouvelle église sur la colline de la Croix‑Rousse, dédiée à saint‑Bruno‑les‑Chartreux.
📌Grâce à ce contrat, les travaux de l’édifice peuvent enfin être entrepris, marquant le début de la mise en œuvre d’un programme architectural qui donnera naissance à un joyau baroque à Lyon.
📌 Bruno de Cologne (1030-1101) – s’était installé en juin 1084 avec six compagnons dans le massif de la Chartreuse pour fonder un premier monastère. L’ordre des Chartreux qu’il a fondé place au cœur de la vie monastique trois piliers essentiels : le silence, la solitude et la prière. Il le dirigea six ans avant de se retirer en Calabre, où il mourut le 6 octobre 1101. Canonisé en 1514 par le pape Léon X, saint Bruno est la figure tutélaire de cet ordre contemplatif.
📌 L’idée d’établir une maison à Lyon germa parce que de nombreux prieurs traversaient régulièrement la ville pour se rendre au chapitre annuel de la Grande Chartreuse. En août 1584, alors que le roi Henri III séjournait à Lyon, les moines obtinrent son autorisation. Le souverain baptisa le futur établissement Chartreuse Notre-Dame-du-Lys-du-Saint-Esprit et chargea le gouverneur du Lyonnais, Monsieur de Mandelot, de trouver un lieu adapté. Ce dernier acquit en octobre 1584 le domaine de la « Giroflée », sur le sommet ouest de la colline de la Croix-Rousse. L’emplacement offrait l’isolement et le silence recherchés, même s’il servait déjà de lieu de promenade aux Lyonnais.
📌Le 18 octobre 1584, la première messe fut célébrée dans une ancienne salle de bal transformée en oratoire recueilli. Les travaux proprement dits débutèrent lentement. Les premiers plans, jugés trop ambitieux, avaient été proposés par Guillaume Scheldom (ancien évêque écossais devenu chartreux) et Jean de l’Ecluse. Ce n’est qu’avec le nouveau prieur Jean Thurin qu’un projet réaliste fut adopté avec l’architecte Jean Magnan.
📌La construction s’étala sur plus d’un siècle et demi, ponctuée de longues interruptions dues aux guerres, aux pénuries et au manque de fonds. En 1615, l’archevêque Simon de Marquemont consacra une partie de l’église. Des embellissements suivirent : boiseries, tableaux et statues, dont celles de saint Bruno et saint Jean-Baptiste sculptées par Jacques Sarrazin. Les travaux furent néanmoins suspendus entre 1630 et 1646, puis repris sporadiquement jusqu’en 1690.
📌Une nouvelle impulsion décisive intervint en 1734 sous le prieur dom Gabriel Prenel. L’architecte Ferdinand-Sigismond Delamonce fut chargé d’achever et d’agrandir l’édifice. Il éleva notamment, en 1736, un imposant dôme octogonal haut de quarante mètres. Les travaux furent terminés par Jacques-Germain Soufflot, qui acheva la décoration intérieure. L’église fut enfin achevée en 1750.
📌En 1791, la Révolution chassa les Chartreux : le monastère fut fermé, ses biens vendus et ses dix-sept moines expulsés. En 1803, après le Concordat, l’église devint paroissiale sous le vocable de Saint-Bruno. Des travaux importants se poursuivirent au XIXe siècle, notamment la réalisation d’une façade néo-baroque par Louis-Jean Sainte-Marie Perrin.
📌 Classée monument historique en 1911, l’église bénéficia de deux restaurations majeures au XIXe et au XXIe siècle : l’une par Tony Desjardins entre 1860 et 1866 et l’autre entre 2004 et 2006.
📌 Le dôme, percé de huit fenêtres ovales, est surmonté d’un globe et d’une croix de plomb, symboles de l’ordre des Chartreux. La nef compte quatre travées et huit chapelles latérales abritant de belles œuvres : Saint Bruno en prière (attribué à Sarrazin), Le Baptême du Christ de Noël Hallé (1746), L’Orage de Nicolas-Guy Brenet (1760), ou encore une Vierge à l’Enfant de Joseph-Hugues Fabisch.
📌 Le joyau de l’église reste son baldaquin conçu par Giovanni Niccolò Servandoni en 1738. Reposant sur quatre colonnes monolithes en marbre du Valais, il se distingue par ses draperies en tissu véritable figées dans le stuc – une prouesse technique unique au monde, inspirée du baldaquin du Bernin à Saint-Pierre de Rome. Servandoni dessina également l’autel à double face, modifié par Soufflot, permettant de célébrer la messe des deux côtés.
📌Autre pièce remarquable : le lutrin de la fin du XVIIe siècle, en bois stuqué et doré, symbole de la Trinité (aigle pour la Parole de Dieu, vigne pour le Christ, colombe pour le Saint-Esprit) destiné à porter les grands livres de chant liturgique au centre du chœur où les moines chartreux se tenaient pour chanter la liturgie des Heures.
📌 Installé en 1890 malgré l’opposition initiale des Chartreux attachés à la simplicité liturgique, l’orgue Merklin est l’un des meilleurs instruments à deux claviers de Lyon. Construit en 1876 et restauré en 2008, il compte 26 jeux dans un beau buffet sculpté par Marc II Chabry et l’ébéniste François Vanderheyde entre 1745 et 1749.
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📍 Église Saint-Bruno-les-Chartreux de Lyon, 54 rue Pierre Dupont, 69001 Lyon – Ouverte de 15h à 17h du lundi au samedi.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

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