Histoire de Lyon – 29 avril 1865

Histoire de Lyon - 29 avril 1865

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Le 29 avril 1865, l’Empereur Napoléon III effectue une visite de deux jours à Lyon, ville clé de son programme de modernisation et d’industrialisation, et se rend spécifiquement à la Croix-Rousse, cœur de l’industrie de la soie. Cette visite s’inscrit dans un contexte où Lyon bénéficie déjà largement des initiatives impériales, tout en faisant face à des défis économiques majeurs liés à la sériciculture.

Contexte des réalisations impériales à Lyon
Sous le Second Empire (1852-1870), Napoléon III, inspiré par une vision modernisatrice et par l’héritage de son oncle Napoléon Ier, transforme Lyon en une métropole plus fonctionnelle et attractive. Parmi ses contributions majeures :
Urbanisme (1854-1859) : Sous la direction du préfet Claude-Marius Vaïsse, souvent surnommé le « Haussmann lyonnais », le centre-ville est réaménagé avec des rues élargies (comme la rue de la République) et des espaces aérés pour améliorer la circulation, l’hygiène et l’esthétique urbaine.
Parc de la Tête d’Or (inauguré en 1861) : Ce vaste parc public, conçu par les frères Denis et Eugène Bühler, devient un lieu de promenade emblématique, renforçant le prestige de Lyon.
Adduction d’eau à domicile (1853) : La mise en place d’un système d’approvisionnement en eau potable améliore les conditions de vie et soutient le développement industriel.
Gares de Perrache et des Brotteaux (1858) : Ces infrastructures ferroviaires modernisent les transports, facilitant le commerce et l’exportation des produits lyonnais, notamment la soie.

La crise de la sériciculture et l’action de Napoléon III
L’industrie de la soie, pilier économique de Lyon, est alors en proie à une crise majeure due à la pébrine, une maladie infectieuse touchant les vers à soie et décimant les élevages européens. Cette épidémie, identifiée dès les années 1840, menace la production de soie brute, essentielle à la « Fabrique » lyonnaise (le réseau des ateliers de tissage). Parallèlement, la fin de la Guerre de Sécession américaine (1861-1865) rouvre le marché transatlantique, offrant une opportunité d’exportation accrue pour les soieries lyonnaises, à condition de résoudre le problème de la matière première.

Napoléon III, conscient de l’importance stratégique de cette industrie, adopte une approche à deux volets :
Mobilisation scientifique : En 1865, l’Empereur charge Louis Pasteur, alors professeur à l’École des Beaux-Arts d’Alfort, d’étudier la pébrine. Pasteur, initialement peu familier avec la sériciculture, se rend dans le Sud de la France (notamment à Alès) pour analyser la maladie. Grâce à ses observations microscopiques, il identifie la pébrine comme une infection parasitaire transmissible et développe, au fil des années (1865-1870), une méthode de sélection des œufs sains, posant les bases d’une sériciculture moderne. Cette intervention scientifique, bien que progressive, sauve l’industrie européenne de la soie.
Partenariat commercial avec le Japon : Face à l’urgence, Napoléon III initie un partenariat avec le Shôgunat Tokugawa, qui gouverne le Japon jusqu’à la restauration Meiji (1868). Le Japon, alors en pleine ouverture forcée au commerce international après les traités inégaux (notamment celui de 1858 avec la France), dispose de cocons de soie résistants à la pébrine. Dès 1865, un commerce s’établit entre le port de Yokohama et Lyon, permettant l’importation massive de cocons et de soie brute. Ce flux contribue à relancer la production lyonnaise et, en seulement cinq ans, fait de Lyon la première place mondiale du commerce de la soie, surpassant des concurrents comme la Chine ou l’Italie.

Échanges franco-japonais et aide militaire
En contrepartie des cocons japonais, la France apporte un soutien militaire au Shôgunat Tokugawa, alors confronté à des tensions internes et à la montée des forces pro-impériales. Ce soutien s’incarne notamment à travers l’envoi d’une mission militaire française en 1867, dirigée par le capitaine Jules Brunet, un officier d’artillerie formé à l’École de Saint-Cyr. Brunet, chargé de moderniser l’armée shôgunale, fournit des armes modernes (comme des fusils Chassepot) et forme les troupes à des tactiques européennes. Après la chute du Shôgunat en 1868, Brunet reste fidèle à la cause shôgunale et combat aux côtés des loyalistes dans la guerre de Boshin, notamment à Hokkaidô, où il soutient la république éphémère d’Ezo. Son rôle inspire partiellement le personnage de Nathan Algren dans le film Le Dernier Samouraï (2003), bien que l’histoire réelle soit plus complexe et moins romancée. Ce partenariat franco-japonais, bien que temporaire, renforce les liens économiques et culturels entre les deux nations, Lyon devenant un hub pour les importations de soie japonaise.

Mesures sociales pour les canuts
Sur le plan social, Napoléon III, sensible à la condition des canuts, dont les révoltes de 1831 et 1834 restent dans les mémoires, encourage des initiatives pour atténuer la précarité des ouvriers. Peu après sa visite, un arrêté préfectoral autorise la mise en place des fourneaux économiques, des structures caritatives offrant des repas cuits à bas prix aux ouvriers sans emploi. Ces fourneaux, inspirés des soupes populaires, visent à pallier les périodes de chômage technique dans la Fabrique, souvent exacerbées par les fluctuations du marché de la soie. Cette mesure s’inscrit dans la politique sociale paternaliste du Second Empire, qui cherche à apaiser les tensions ouvrières tout en maintenant l’ordre.

Impact et héritage
La visite de Napoléon III à Lyon en 1865 marque un tournant pour l’industrie de la soie. Le commerce avec le Japon, combiné aux travaux de Pasteur, permet à Lyon de surmonter la crise de la pébrine et de consolider sa position de capitale mondiale de la soie jusqu’à la fin du XIXe siècle. Les échanges avec le Japon ouvrent également la voie à une fascination culturelle réciproque, visible dans l’engouement pour le japonisme en France (notamment dans les arts décoratifs lyonnais). Sur le plan local, les améliorations urbaines et sociales renforcent le lien entre Lyon et le régime impérial, bien que la chute de Napoléon III en 1870 marque la fin de cette ère de transformations.

Les relations entre Lyon le pays du soleil levant se sont prolongées en 1879 avec la fondation à Lyon du Musée Guimet pour la promotion des arts asiatiques en général et japonais en particulier (musée déplacé à Paris place d’Iéna en 1889). En 1959, la ville de Lyon a établi un jumelage avec Yokohama en souvenir des liens tissés au XIXème siècle. Depuis 1999 enfin, la Japan Touch célèbre la culture japonaise contemporaine au travers d’un festival mêlant traditions et pop culture (du 17 et 18 mai 2025 à Eurexpo).
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💬 « Qui donc sur les trônes ou dans les conseils souverains [européens] s’est jamais occupé de l’ouvrier ? Moi seul ; et si je revenais au pouvoir, ce serait encore la question qui m’intéresserait le plus. » Napoléon III à un journaliste anglais, 1870.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

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