
Fin des corporations ?
Le 9 mai 1776, un arrêt du Conseil du roi ordonne l’exécution à Lyon de l’édit de Turgot du 22 février 1776 qui supprime les corporations dans tout le royaume (maîtrises, guildes et jurandes).
📌 Cette première tentative de suppression des communautés de métiers rencontrera l’opposition du Parlement de Paris. Elle ne pourra finalement aboutir puisque notre Contrôleur Général des Finances sera écarté trois jours plus tard le 12 mai sous la pression du comte de Maurepas et de la reine Marie-Antoinette. Il faut dire que l’édit prévoyait par la même occasion de soumettre à l’impôt les trois ordres juridiques : clergé, noblesse et Tiers État.
📌 Les corporations seront partiellement rétablies sous des règles nouvelles dès le mois d’août 1776 (avocat, notaires, médecins). Celles concernant les ouvriers seront définitivement supprimées par le décret d’Allarde (mars 1791) et par la loi Le Chapelier (juin 1791).
📌 Les idées économiques libérales nouvelles favorables à la libéralisation du commerce et de l’industrie venaient principalement d’Angleterre. C’est finalement la réunion des États-Généraux puis la Révolution française qui leur permettront de triompher entre la fin du XVIIIe et le début XIXe siècle.
📌 À Lyon, la Fabrique de soie avait une organisation singulière. Elle était divisée en 3 ordres : les marchands-fabricants aussi appelés « soyeux » au sommet, les chefs d’ateliers au milieu de la pyramide et les ouvriers à la base. Le décret de 1744 avait bloqué l’accès des chefs d’ateliers à la classe des soyeux mais surtout il obligeait à passer par eux pour toute commande. Une ‘liberté’ de vendre mais pas de choisir son client qui sera renforcé par la Révolution malgré cette supposée ‘libéralisation’.
📌 En reprenant l’Édit de Turgot, la Révolution française a donc inauguré un siècle antisocial pour les canuts de Lyon. En effet, ni l’Empire, ni la Restauration ne reviendront sur ces mesures pour les ouvriers. Les conséquences sociales de l’application de ces idées ‘libérales‘ seront 3 révoltes des canuts : en 1831, en 1834 et en 1848-1849. Un début de politique sociale ne sera mené qu’à partir de Napoléon III (1852-1870).
📌 Flirtant avec l’interdiction des corporations, le ‘mutuellisme’ lyonnais arrivera tout de même à se développer pour offrir une certaine sécurité sociale aux ouvriers de la Fabrique à partir des années 1830. La charité et la bienfaisance pas plus que les aides d’État (quasi-inexistantes) ne suffisaient à se prémunir contre les risques de la vie (maladie, accident, chômage et vieillesse). Les canuts créèrent donc eux-mêmes leurs propres caisses de secours mutuel. Ils organisèrent des procédures d’entraide et d’assistance à l’image de la Société du Devoir mutuel créée par Pierre Charnier.
📌 Le comte de Saint-Simon (1760-1825) et l’anarchiste Joseph Proudhon (1809-1865) s’inspireront de ces modes d’action sociale pour théoriser leurs idées économiques.
📌 Il faudra attendre la loi Ollivier abolissant le délit de coalition (1864) et la loi Waldeck-Rousseau (1884) supprimant la loi Le Chapelier pour retrouver un certain équilibre social dans les rapports entre acteurs économiques. La première loi autorisant la grève sous certaines conditions et la deuxième légalisant les syndicats professionnels aussi bien employeurs que salariés.
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