
Assassiné
Le 8 avril 217, l’empereur Caracalla était assassiné à Carrhes en Mésopotamie.
Comment cet Empereur né à Lugdunum le 4 avril 188 avait-il accédé au pouvoir ?
Après l’assassinat de l’empereur Commode le 31 décembre 192, une guerre civile opposant quatre prétendants s’était ensuivie qui s’était achevée le 19 février 197 avec à la victoire à Lugdunum de Septime Sévère contre Clodius Albinus. Général d’origine libyenne, Sévère avait ensuite rétabli l’ordre par des campagnes musclées, apportant une stabilité bienvenue à l’Empire.
Bien que souvent présenté comme le fondateur de la dynastie des Sévère, Septime Sévère s’était en réalité rattaché aux Antonins en se faisant adopter symboliquement par Marc Aurèle après sa mort pour légitimer son règne et tenter d’assurer une continuité à sa lignée.
Ses deux fils, Caracalla et Geta, nés à un an d’intervalle, étaient destinés à lui succéder mais ils s’avérèrent très différents. Caracalla, passionné de guerre, était impulsif et pieux. Geta, plus calme, préférait les arts et la littérature. Malheureusement, une haine profonde les opposait. Pour éviter une guerre de succession, Septime Sévère les nomma tous deux Auguste (futurs empereurs).
Leur cohabitation fut difficile du vivant de leur père. En février 211, Septime Sévère mourut à York pendant une campagne contre les Calédoniens en Bretagne (Écosse actuelle). À 22 et 23 ans, les frères devinrent co-empereurs et héritèrent d’un empire immense… mais leur rivalité entrava rapidement leur gouvernance commune. Malgré les efforts de leur mère Julia Domna pour préserver l’unité familiale, la haine l’emporta.
En décembre 211, peu après le décès de leur père, Caracalla, rongé par la paranoïa, soupçonna Geta de comploter contre lui. Il invita son frère chez leur mère, prétextant une réconciliation. Geta s’y rendit sans protection. Dès son arrivée, des hommes de Caracalla surgirent et le tuèrent devant Julia Domna, horrifiée. Caracalla devint alors l’unique empereur.
Pour se justifier, il se précipita chez les prétoriens, affirmant avoir agi en légitime défense. Au Sénat, il évoqua Romulus, qui avait tué Remus pour fonder Rome. Il usa de menaces, de purges et de corruption pour faire taire les oppositions. Il ira plus loin en condamnant Geta à la damnatio memoriae : son nom fut effacé des archives, ses statues détruites, son existence rayée de l’histoire. D’abord effondrée Julia Domna joua par la suite un rôle important auprès de son fils et devint très influente à Rome.
Paranoïque en même temps que très porté sur la religion, Caracalla construisit des édifices grandioses pour son peuple, comme les fameux thermes de luxe qui pouvaient accueillir jusqu’à 1 600 baigneurs. Il a entamé des réformes militaires et ouvert l’accès au rang équestre à tous.
Son règne fut marqué par un édit révolutionnaire en 212 : l’octroi de la citoyenneté romaine à tous les habitants de l’Empire. Auparavant, ce statut prisé s’obtenait principalement par une carrière militaire. Cette loi égalitaire eut des effets inattendus en réduisant progressivement l’attrait de l’armée pour les citoyens.
Caracalla obtint le soutien de l’armée en augmentant la solde des militaires et leurs privilèges juridiques mais les finances de l’État s’épuisèrent et la pression fiscale augmenta. Il perdit progressivement le soutien de l’élite et du peuple. Les purges vis-à-vis des partisans de Geta et les massacres, comme celui d’Alexandrie en 215, lui valurent une réputation de tyran. Les ambitions s’éveillèrent au sommet du pouvoir.
Tout bascula le 8 avril 217 quand Caracalla, en campagne en Mésopotamie, s’arrêta près de Carrhes pour visiter le temple du dieu Lune. Sur le chemin, il s’isola avec un prétorien du nom de Martialis pour satisfaire un besoin naturel. C’est alors que Martialis, sur ordre de Macrin, un préfet du prétoire, poignarda Caracalla. L’empereur mourru sur le coup à 29 ans.
Macrin s’empara du pouvoir, mais son règne fut bref. Menés par Héliogabale, un jeune cousin de Caracalla, les partisans des Sévère le renversèrent un an plus tard.
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