
Le 8 avril 217, quatre jours après son 29e anniversaire, l’empereur Caracalla était assassiné sur la route entre Édesse et Carrhes (aujourd’hui Harran en Turquie). Ce souverain controversé, né à Lugdunum (Lyon) le 4 avril 188, reste l’un des empereurs les plus fascinants et redoutés de la dynastie des Sévères.
Comment ce jeune prince, passionné de guerre et de religion, mais aussi paranoïaque et fratricide, a-t-il accédé au titre d’Empereur ?
Après l’assassinat de Commode le 31 décembre 192, l’Empire romain sombra dans une violente guerre civile qui vit passer brièvement deux empereurs – Pertinax puis Didius Julianus – avant que ne candidatent trois prétendants plus sérieux : les généraux Pescennius Niger, Clodius Albinus et Septime Sévère.
D’origine libyenne (né à Leptis Magna), Septime Sévère vainquit Niger au terme de trois batailles en Orient. Le 19 février 197, il écrasa ensuite Clodius Albinus lors de la bataille de Lugdunum (Lyon) – ville natale de son futur fils aîné.
Une fois au pouvoir, Sévère rétablit l’ordre par des campagnes militaires énergiques contre les Parthes et en Bretagne. Pour légitimer son règne, il se fit adopter symboliquement par Marc Aurèle (post mortem), se rattachant ainsi à la prestigieuse dynastie des Antonins et présentant sa propre lignée comme une continuité naturelle.
Septime Sévère et son épouse Julia Domna eurent deux fils : Caracalla (né Lucius Septimius Bassianus en 188), impulsif, passionné par l’armée et les cultes orientaux et Geta (né en 189), plus calme, attiré par les arts et la littérature.
Malgré leurs différences, une haine profonde les opposait. Pour éviter une guerre de succession, leur père les nomma tous deux Auguste : Caracalla dès 198, Geta en 209.
La cohabitation resta tendue du vivant de Sévère. En février 211, l’empereur mourut à Eboracum (York, Angleterre) lors d’une campagne contre les Calédoniens. Caracalla (23 ans) et Geta (22 ans) devinrent co-empereurs d’un empire immense, de la Bretagne à la Mésopotamie.
Leur mère, Julia Domna, tenta en vain de préserver l’unité familiale mais la rivalité dégénéra rapidement.
Fin décembre 211, Caracalla, rongé par la paranoïa, accusa son frère de complot. Il organisa une rencontre « de réconciliation » chez leur mère. À peine arrivé, Geta fut poignardé par des centurions loyaux à Caracalla, sous les yeux horrifiés de Julia Domna.
Caracalla se précipita ensuite au camp des prétoriens, affirmant avoir agi en légitime défense. Devant le Sénat, il invoqua l’exemple de Romulus tuant Remus. Pour consolider son pouvoir, il lança une vaste purge : des milliers de partisans de Geta furent exécutés.
Il alla plus loin en prononçant la damnatio memoriae contre son frère : le nom de Geta fut effacé des inscriptions, ses statues détruites, son existence rayée des archives officielles. Julia Domna, d’abord effondrée, retrouva ensuite une influence politique importante auprès de son fils survivant.
Malgré sa réputation de tyran, Caracalla réalisa des projets grandioses pour gagner la faveur du peuple et de l’armée :
Construction des thermes de Caracalla à Rome, l’un des plus luxueux complexes de bains de l’Antiquité, capables d’accueillir jusqu’à 2 000 personnes simultanément.
Réformes militaires : augmentation significative de la solde des légionnaires (environ 50 %) et extension de privilèges juridiques.
Ouverture plus large du rang équestre.
Son geste le plus révolutionnaire reste l’Édit de 212, connu sous le nom de Constitutio Antoniniana. Il accorda la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire (à l’exception des dediticii).
Cet édit, souvent présenté comme un acte d’égalitarisme, avait surtout des motifs pragmatiques : élargir l’assiette fiscale (nouveaux citoyens payaient les taxes héritées) et faciliter le recrutement légionnaire à une époque où l’attrait de l’armée diminuait chez les citoyens de longue date.
Caracalla obtint un soutien solide de l’armée, mais au prix d’un épuisement des finances publiques. La pression fiscale augmenta, provoquant le mécontentement des élites et des provinces.
Son caractère paranoïaque et violent se manifesta par des purges massives, le massacre d’une partie de la population d’Alexandrie en 215 après des moqueries à son encontre, des campagnes coûteuses contre les Germains et les Parthes.
Ces excès lui valurent une image de despote, même s’il resta populaire auprès des soldats.
En 217, Caracalla menait une campagne en Orient contre les Parthes. Le 8 avril, alors qu’il se rendait au temple du dieu Lune (Sin) près de Carrhes, il s’isola brièvement pour satisfaire un besoin naturel.
Un prétorien du nom de Julius Martialis (ou Justin Martialis), poussé par une rancune personnelle et manipulé par le préfet du prétoire Macrin, le poignarda mortellement. Des complices achevèrent l’empereur. Caracalla mourut à 29 ans.
Macrin s’empara immédiatement du pouvoir et devint le premier empereur romain issu de l’ordre équestre (non sénatorial). Son règne fut bref : dès 218, les partisans des Sévères, menés par Héliogabale (Elagabalus), un jeune cousin de Caracalla, le renversèrent lors de la bataille d’Antioche.
Caracalla incarne les contradictions de la fin du Haut-Empire : militaire brillant mais cruel, réformateur audacieux mais tyrannique. Son règne a accéléré la provincialisation de Rome et a contribué, par ses dépenses excessives et son instabilité, aux troubles du IIIe siècle.
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