Histoire de Lyon – 04 mai 1795

Histoire de Lyon - 04 mai 1795

Vengeance !

Les 4 et 5 mai 1795, une foule de Lyonnais envahit les prisons de la ville, arrache une centaine de détenus et les massacre.

Ces détenus étaient des anciens responsables ou soutiens de la répression jacobine menée sous l’égide de la Convention nationale dominée par Robespierre entre 1793 et 1794 : montagnards, sans-culottes, agents municipaux, membres des tribunaux et autres dénonciateurs appellés « Mathevons » à Lyon. Ce déchaînement de violence à leur encontre est donc une vengeance populaire commise par les proches des anciennes victimes de la Terreur.

📌 Depuis Paris, Robespierre et les Montagnards, faction radicale de la Convention, avaient proclamé une lutte sans merci contre les « ennemis de l’intérieur » lors de la Révolution française. Ces derniers étaient accusés de soutenir les insurrections fédéralistes, des soulèvements contre l’autorité centralisée de Paris, qui éclatent en 1793 en Normandie, en Bretagne, en Vendée, dans le Bordelais, en Lozère, dans le sud de la France et dans la région lyonnaise. Ces révoltes sont en partie déclenchées par deux décisions majeures : l’exécution du roi Louis XVI le 21 janvier 1793, qui radicalise les oppositions royalistes, et la levée en masse de 300 000 hommes décrétée le 23 février 1793, perçue comme une mesure autoritaire par de nombreuses régions.
Pour consolider leur pouvoir, les Montagnards, partisans d’un État centralisé, marginalisent les Girondins, républicains modérés favorables à une décentralisation. Robespierre fait adopter la loi des Suspects le 17 septembre 1793, un texte qui permet d’arrêter toute personne soupçonnée de menacer la Révolution. Dans ce climat de suspicion généralisée, obtenir un Certificat de civisme, attestant de la loyauté républicaine, devient une condition presque impossible pour échapper à l’arrestation, au jugement expéditif et, souvent, à la guillotine.

📌 Ville de tendance républicaine modérée, Lyon se soulève en mai 1793 contre la Convention nationale. Cette révolte, menée par des royalistes et des républicains ‘Girondins’, est écrasée après un siège de deux mois (août-octobre 1793) par l’Armée des Alpes. La répression qui suit est menée par Georges Couthon puis Joseph Fouché. Elle est d’une extrême brutalité : environ 1 900 personnes sont exécutées entre décembre 1793 et avril 1794, soit par la guillotine place des Terreaux, soit par des mitraillades (exécutions de masse au canon) dans la plaine des Brotteaux. Pour punir la ville rebelle, rebaptisée temporairement « Ville-Affranchie », la Convention ordonne la destruction de nombreux bâtiments, notamment sur la place Bellecour, où la statue équestre de Louis XIV est abattue. Ces mesures visent à briser l’esprit d’indépendance lyonnais et à terroriser les autres villes tentées par la dissidence.

📌 Les massacres de mai 1795 à Lyon s’inscrivent dans une vague de représailles qui sera qualifiée de Terreur Blanche par les historiens par opposition à la Terreur rouge jacobine de 1793-1794. Cette réaction est alimentée par la publication, en février 1795, d’une « Liste générale des dénonciateurs et des dénoncés de la ville de Lyon », qui désigne les responsables des dénonciations et des exécutions de l’année précédente. Ce document devient un outil pour les familles endeuillées et les opposants aux Jacobins, qui organisent des expéditions punitives. La vengeance populaire des 4 et 5 mai 1795 est favorisée par la plus ou moins grande complicité des autorités municipales.

📌 Deux figures majeures de la répression lyonnaise de 1793 échappent de façon surprenante aux représailles de 1795 :
• Joseph Fouché, représentant en mission à Lyon en 1793, connu pour son rôle dans les exécutions, est opportunément envoyé en mission diplomatique à l’étranger, ce qui lui permet d’échapper à la vindicte populaire. Il se réinvente par la suite comme homme politique sous le Directoire et le Consulat.
• Jean-Marie Collot d’Herbois, autre artisan de la répression lyonnaise, est condamné à la déportation en Guyane le 26 mai 1795. Il y contracte la fièvre jaune et y meurt en 1796.
Leur survie, dans un contexte de vengeance généralisée, illustre l’instabilité politique et les jeux d’opportunisme de l’époque.

📌 Au milieu de cette spirale de violence, une figure lyonnaise émerge : Claudine Thévenet, dont le portrait orne aujourd’hui la Fresque des Lyonnais. Âgée de seulement 15 ans en 1793, elle assiste, impuissante, à l’exécution de ses deux frères aînés, guillotinés pour leur opposition aux Jacobins. Selon la tradition, leurs dernières paroles la marquent profondément : « Glady, pardonne, comme nous pardonnons ». Plutôt que la vengeance, elle fait le choix de consacrer sa vie à aider les plus démunis, notamment les enfants pauvres, orphelins et abandonnés. En 1818, elle fonde la Congrégation des Religieuses de Jésus-Marie, dédiée à l’éducation et à l’assistance de ces derniers.

📌 Des règlements de comptes politiques ? À Lyon et ailleurs en France, des actes crapuleux se mêlent aux vengeances, notamment contre les acquéreurs de biens nationaux (propriétés confisquées à l’Église ou aux émigrés). Certaines bandes royalistes et des bandes opportunistes profitent en effet du chaos pour piller ou régler des différends personnels. Jusqu’en juin 1795, le pouvoir, affaibli après la chute de Robespierre (28 juillet 1794), tolère ces exactions. Cependant, le Directoire, instauré en octobre 1795, met fin à ces débordements et tente de rétablir l’ordre. L’instabilité politique perdure jusqu’au coup d’État du 18 Brumaire (9 novembre 1799), lorsque Napoléon Bonaparte impose le Consulat, marquant la fin de la Révolution.
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👉 Histoire des Terreurs blanches
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❓QUIZZ : Quel ancien membre de la commission révolutionnaire lyonnaise a été battu à mort par la foule et jeté dans le Rhône le 14 février 1795 initiant par la même occasion le début de la ‘Terreur Blanche’?
✅ Réponse : xǝuɹǝℲ ɥdǝsoᒋ
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