
Sac de Lyon par les Calvinistes
Le 30 avril 1562, les protestants, menés par une coalition de nobles et de bourgeois calvinistes, s’emparent de Lyon.
Ce coup de force s’inscrit dans une série d’actions similaires dans plusieurs villes du royaume (comme Rouen, Orléans ou Poitiers), en réponse au massacre de Wassy du 1er mars 1562 : une cinquantaine de protestants, réunis pour célébrer leur culte dans une grange à Wassy, ont été massacrés par les troupes du duc de Guise, François de Lorraine, en violation de l’Édit de tolérance de janvier 1562. Cet Édit de Saint-Germain autorisait le culte protestant à l’extérieur des villes et dans des lieux précis uniquement.
Dès la prise de Lyon, les protestants entreprennent des actions radicales contre les institutions catholiques. Les religieux catholiques sont expulsés, et les églises, couvents et monastères sont pillés. La Basilique Saint-Just, située hors des remparts, est détruite, tout comme la clôture du cloître de la primatiale Saint-Jean. Les protestants, dans un élan iconoclaste, jettent à terre les statues de la façade de la cathédrale Saint-Jean, vandalisent les images religieuses de l’église Saint-Nizier et de l’abbaye d’Ainay, et brûlent les reliques partout où elles se trouvent. Les cloches des églises, symboles du pouvoir clérical, sont démontées pour être fondues et transformées en pièces de monnaie destinées à payer la garnison protestante. Les trésors du clergé, y compris les objets liturgiques précieux, sont saisis et vendus aux enchères pour financer l’effort de guerre.
Renforcement protestant et administration de la ville
Le 2 mai 1562, l’arrivée du baron des Adrets, François de Beaumont, à la tête d’une petite armée, renforce la position des protestants à Lyon. Connu pour sa brutalité et son opportunisme (il se convertira plus tard au catholicisme), le baron des Adrets apporte un soutien militaire crucial. Les protestants réorganisent alors l’administration de la ville en nommant un conseil de 12 consuls calvinistes, chargé de gérer les affaires civiles et militaires. Des travaux d’urbanisme sont entrepris pour fortifier Lyon, notamment le renforcement des remparts, en prévision d’une contre-offensive catholique. Cette occupation protestante va durer 13 mois, jusqu’à la signature de la paix d’Amboise le 19 mars 1563, qui met fin à cette première guerre de religion.
La paix d’Amboise et le retour à l’ordre royal
La paix d’Amboise, négociée sous l’égide de la régente Catherine de Médicis pour le jeune roi Charles IX, accordera une amnistie générale et rétablira un semblant de tolérance pour les protestants, tout en limitant leurs droits de culte.
À Lyon, l’application de cet édit entraînera la fin de l’occupation protestante. Le 15 juin 1563, François de Scépeaux, seigneur de Vieilleville, sera nommé gouverneur de la ville. Modéré et pragmatique, il s’emploiera à désarmer les huguenots (nom donné aux protestants français) et à rétablir l’autorité royale. L’entrée solennelle de Charles IX dans Lyon, le 9 juin 1564, marquera symboliquement la restauration de l’ordre monarchique et catholique dans la ville.
Une coexistence fragile et les transformations urbaines
Après 1563, Lyon entrera dans une période de coexistence précaire entre catholiques et protestants. Les protestants obtiendront le droit de construire deux temples sur la presqu’île : le temple de Paradis (rue des Quatre-Chapeaux) et le temple des Terreaux (rue de la Lanterne). Ces lieux de culte démontrent la présence persistante d’une communauté réformée active, bien que minoritaire. Parallèlement, l’autorité royale cherchera à consolider son contrôle sur la ville. Une citadelle – la citadelle de Charles IX – sera construite au sommet de la colline de la Croix-Rousse pour surveiller la population et prévenir de nouvelles révoltes. Perçue comme un symbole d’oppression par les Lyonnais, cette fortification sera finalement démantelée dans un élan de liesse populaire dans les années 1580.
Lyon dans les guerres de religion (1562-1598)
Les événements de 1562 s’inscrivent au début de huit guerres de religion survenues entre 1562 et 1598. Des conflits qui opposeront catholiques et protestants, mais aussi différentes factions nobiliaires (en particulier les familles des Guise, Montmorency et Bourbon).
À Lyon, comme ailleurs, les tensions religieuses s’accompagneront de rivalités économiques et sociales, la bourgeoisie marchande étant souvent favorable à la Réforme, tandis que le clergé et une partie de la noblesse restent attachés au catholicisme.
En 1560, les protestants, ou huguenots, représentaient environ 10 % de la population française, soit près de 2 millions de personnes. Les persécutions, les conversions forcées, les massacres – notamment celui de la Saint-Barthélemy et sa prolongation à Lyon en 1572 – ainsi que l’exil massif vers Genève, les Pays-Bas, l’Angleterre et d’autres régions protestantes, réduiront leur proportion à environ 5 % en 1600.
Les guerres de religion ne s’achèveront qu’avec l’Édit de Nantes, promulgué par Henri IV le 13 avril 1598. Cet édit accordera aux protestants une liberté de culte limitée et des places de sûreté et des droits civiques. À Lyon, l’application de l’Édit de Nantes permettra une coexistence religieuse jusqu’à la révocation de l’Édit par Louis XIV en 1685.
~
🌎 Anecdote : Ce même 30 avril 1562, un protestant dénommé Jean Ribault, accompagné de 150 coreligionnaires fuyant la France prend possession des côtes de Floride au nom de Charles IX. C’est la deuxième tentative de peuplement de l’Amérique française après la découverte, trente-huit ans auparavant, de la baie de New-York par le lyonnais Jean de Verrazane.
~
© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon


Cet article vous a plus ? Partagez-le !