
29 octobre 1840 : Lyon sous les eaux
À la fin du mois d’octobre 1840, après plusieurs semaines de pluies exceptionnelles, le Rhône et la Saône entrent en crue et submergent Lyon et ses faubourgs. Le Rhône frappe le premier, en rompant ses digues sur la rive gauche ; la Saône, plus lente, atteint son maximum quelques jours plus tard. L’épisode, l’un des plus graves de l’histoire de la ville, transforme la presqu’île et les quartiers riverains en un vaste lac pendant près de deux semaines.
Des pluies exceptionnelles
Depuis plusieurs semaines, des averses torrentielles d’origine océanique et méditerranéenne s’abattent sur le bassin rhodanien. La Saône, déjà haute, sort progressivement de son lit ; le Rhône gonfle à son tour. Des vents violents venus du sud, des orages répétés et des sols totalement saturés amplifient le phénomène.
La crue de la Saône est renforcée par celle de plusieurs de ses affluents, notamment l’Azergues et la Turdine. À Lyon, la pointe de la Saône arrive avec plusieurs jours de retard sur celle du Rhône : c’est cette succession qui rend l’épisode particulièrement grave.
Le Rhône rompt ses digues
Le Rhône frappe le premier. Dans la nuit du 30 au 31 octobre, il rompt la digue en terre construite en 1837 pour protéger La Guillotière, puis celles de la Tête d’Or. Ses eaux envahissent les Charpennes, les Brotteaux, la Buire et La Guillotière, alors communes indépendantes de Lyon. Les maisons en pisé, cette terre crue qui fond dans l’eau, s’effondrent en grand nombre : les comptes de l’époque recensent environ 231 maisons détruites sur la rive gauche.
La Saône submerge la ville
Le 1er novembre, la Saône déborde massivement. Elle atteint son maximum dans les premiers jours du mois, avec une cote de 7,50 m au pont de la Feuillée selon les relevés retenus par les services de l’État. La crue dépasse les niveaux alors connus et demeure la crue de référence de la Saône.
Les eaux emportent la passerelle Saint-Vincent et le pont de bois de Chazournes, situé à l’emplacement de l’actuel pont Kitchener-Marchand. À Vaise, encore commune indépendante, près de 240 à 259 maisons s’écroulent, pour la plupart en pisé ; une quarantaine d’entrepôts, notamment de vin, sont également ravagés.
La presqu’île est couverte par endroits de un à trois mètres d’eau. Des courants transversaux violents traversent le secteur et se jettent dans le Rhône. Vaise et la presqu’île restent sous les eaux jusqu’au 12 novembre, tandis que la décrue complète s’étale selon les quartiers jusqu’à la mi-novembre.
Un bilan tragique
L’inondation de 1840 fait une vingtaine de morts à Lyon et dans ses faubourgs. Les destructions matérielles sont considérables : plusieurs centaines de maisons sont détruites et davantage encore sont gravement endommagées.
Selon les périmètres et les méthodes de comptage, les estimations contemporaines évoquent environ 600 maisons détruites à Lyon et dans ses faubourgs, voire jusqu’à 730 bâtiments fortement touchés ou détruits. Des ponts, quais, routes, entrepôts et commerces sont ravagés. De nombreuses familles perdent leur logement, leurs outils de travail ou leurs marchandises.
L’émotion gagne rapidement le pays. Dès décembre, la poétesse Marceline Desbordes-Valmore, qui avait vécu à Lyon, compose Sur l’inondation de Lyon, texte appelant à secourir les sinistrés.
De 1840 à 1856
La crue de novembre 1840 reste la crue de référence pour la Saône. Par sa hauteur, sa durée et l’étendue de la submersion, elle constitue toujours l’événement historique majeur pris en compte dans l’évaluation du risque inondation sur cette rivière.
Seize ans plus tard, en mai-juin 1856, une nouvelle crue frappera le Rhône. Elle sera presque aussi dévastatrice pour la rive gauche : les digues céderont de nouveau, de Vaulx-en-Velin aux Brotteaux, La Guillotière sera largement submergée, et de nombreuses maisons en pisé s’effondreront. À la suite de cette catastrophe, Napoléon III se rendra auprès des sinistrés et lancera des grands travaux d’endiguement du Rhône avec la construction de la grande digue de la Tête d’Or, la surélévation des quais et, plus tard, le creusement des canaux de Miribel et de Jonage.
Une mémoire encore visible
Divers repères de crue, gravés sur les murs de la ville, témoignent encore de l’ampleur de l’événement.
Aujourd’hui, un Plan Rhône associant l’État, les régions riveraines et leurs partenaires a été mis en place pour prévenir les inondations, tandis que la Métropole de Lyon applique un plan de prévention des risques d’inondation.
La crue dévastatrice du Gier, qui a frappé Givors le 17 octobre 2024, rappelle que la menace demeure réelle.
© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon
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