Histoire de Lyon – 25 février 1848

Histoire de Lyon - 25 février 1848

Vers la IIème République ?

Le 25 février… 1848, à l’annonce du renversement du roi des français Louis-Philippe et de la proclamation de la IIème République, le club républicain des ‘Voraces’ en profite pour prendre possession de l’Hôtel de ville, de la Préfecture et des forts de la Croix-Rousse !

📌 Les Voraces s’écrient « Vive la Révolution démocratique et sociale ! Vive la Montagne ! » invoquant l’héritage montagnard de 1793. Sous la pression de la foule composée essentiellement de canuts, Clément Reyre, premier adjoint remplissant les fonctions de maire cède la place à Démophile Laforest qui proclame la IIème République en fin d’après-midi. Une municipalité insurrectionnelle est constituée et les ouvriers de la soie peuvent célébrer dans la liesse générale la fin de la monarchie parlementaire bourgeoise qui les avait réprimés si durement en 1831 et 1834.

📌 Comme à Paris, la révolte populaire est portée par les ouvriers, les étudiants et la petite bourgeoisie dans un contexte de crise économique aiguë (chômage massif, bas salaires) en partie liée à trois années de mauvaises récoltes (1845, 1846 et 1847). À l’époque, une majorité de français réclame une amélioration des conditions sociales et des réformes politiques. Les revendications incluent : la réduction du cens électoral de 200 à 100 francs (pour permettre à la petite bourgeoisie de participer aux décisions politiques), la suppression de la peine capitale pour délits politiques, les libertés de presse et d’assemblée, ainsi que la limitation du temps de travail quotidien à 10 heures – une demande constante des canuts depuis les années 1830.

📌 La nouvelle République répond promptement à ces aspirations : suffrage universel masculin (tous les Français de plus de 21 ans, sans condition de cens, décrété le 5 mars), liberté de la presse et de réunion (27 février), abolition de l’esclavage dans les colonies (décret du 27 avril). L’élection au suffrage direct du président de la République (10 décembre 1848) et de l’Assemblée constituante forge le clivage politique moderne : monarchistes et républicains conservateurs (droite) contre républicains modérés et démocrates-socialistes (gauche).

📌 À Lyon, le pouvoir municipal va dans un premier temps cohabiter avec les Voraces mais l’extrémisme de ces derniers va leur faire perdre progressivement le soutien des Lyonnais. De même qu’à Paris où Lamartine refusera le drapeau rouge pour adopter le drapeau bleu-blanc-rouge, le commissaire de la République Emmanuel Arago fera rétablir le drapeau tricolore au sommet de l’Hôtel de Ville.*

📌 Début avril 1848, certains ouvriers de la soie mèneront une expédition vers Chambéry – alors capitale du Royaume de Piémont-Sardaigne – pour tenter d’instaurer une République. Une tentative qui échouera et sans conséquence pour la Savoie.

📌 Après les élections législatives de mai 1849 favorables au « Parti de l’Ordre », la fermeture des Ateliers nationaux parisien en juin 1849 provoquera des émeutes ouvrières. Par solidarité, les Voraces se soulèveront à nouveau le 15 juin. L’armée réprimera durement les deux mouvements (environ 150 morts), marquant la fin des Voraces comme force politique. L’extrémisme républicain sera ainsi écarté à Lyon.

📌 Cette troisième Révolution française de 1848 (après celles de 1789 et 1830) va impulser une vague de révolutions libérales et nationales dans toute l’Europe car comme le dit le chancelier autrichien Clemens von Metternich « Quand Paris tousse, c’est toute l’Europe qui s’enrhume ». Un « Printemps des peuples » qui va réveiller des pays comme la Hongrie, les États Allemands, le Danemark, la Pologne (sous domination russe) ou encore l’Italie.

📌 Pour autant, la IIème République ne va pas répondre suffisamment en France aux aspirations sociales qui l’avaient fait naître. Elle va revenir sur les premières mesures accordées peu après la victoire législative des conservateurs de mai 1849 : annulation de la loi des 10 heures (loi Falloux), loi sur la presse rétablissant des mesures restrictives (27 juillet 1849), purge électorale de 1850 (loi des 3 millions excluant un tiers des électeurs « peu stables »)… Elle va s’effondrer le 2 décembre 1851 avec le coup d’État bonapartiste de Louis-Napoléon Bonaparte instaurant le Second Empire.
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon

*💬 « Si vous m’enlevez le drapeau tricolore, […] vous m’enlèverez la moitié de la force extérieure de la France ! Car l’Europe ne connaît que le drapeau de ses défaites et de nos victoires dans le drapeau de la République et de l’Empire. En voyant le drapeau rouge, elle ne croira voir que le drapeau d’un parti ! ».
C’est le drapeau de la France, c’est le drapeau de nos armées victorieuses ; c’est le drapeau de nos triomphes qu’il faut relever devant l’Europe. La France et le drapeau tricolore c’est une même pensée, un même prestige, une même terreur, au besoin, pour nos ennemis ! Songez combien de sang il vous faudrait pour faire la renommée d’un autre drapeau !
Citoyens pour ma part, le drapeau rouge, je ne l’adopterai jamais, et je vais vous dire pourquoi je m’y oppose de toute la force de mon patriotisme : c’est que le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec la République et l’Empire, avec vos libertés et vos gloires, et que le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple.»
Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Histoire de Lyon - 25 février 1848

🖼️ Lamartine devant l’Hôtel de Ville de Paris le 25 février 1848, Félix Philippoteaux.

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