
Joseph Fouché
Le 10 novembre 1793, Joseph Fouché (1759-1820), représentant en mission de la Convention nationale, arrive à Lyon.
📌 Avec Jean-Marie Collot d’Herbois, il vient y conduire l’épuration politique, en remplacement de Georges Couthon, jugé trop indulgent dans la répression.
📌 L’été précédent, Lyon s’était dressée contre la Convention, alors dominée par les Montagnards. Républicaine modérée et proche des Girondins, la ville avait pris le contre-pied des Jacobins parisiens : le 29 mai, elle avait renversé sa municipalité jacobine et, le 17 juillet, elle avait eu l’audace de guillotiner Joseph Chalier, chef des Jacobins lyonnais. Paris avait alors envoyé l’Armée des Alpes, qui l’avait assiégé et bombardé du 8 août au 9 octobre 1793 pour la ramener dans le droit chemin révolutionnaire. Vaincue, Lyon avait perdu jusqu’à son nom en devenant « Ville-Affranchie ».
📌 À peine arrivé, Fouché juge que la guillotine de la place des Terreaux ne va pas assez vite. Selon une formule qu’on lui prête, « le sang du crime féconde le sol de la liberté et affermit sa puissance ». Avec Collot d’Herbois, il fait exécuter les condamnés à la guillotine place des Terreaux puis au canon dans la plaine des Brotteaux : il y gagne le surnom de « Mitrailleur de Lyon ».
📌 La répression fera près de 1 900 morts. Elle ne s’achèvera qu’au printemps 1794, lorsque Fouché sera rappelé à Paris. Menacé à son tour par Robespierre, il deviendra l’un des artisans du 9 thermidor (27 juillet 1794), qui fera tomber l’Incorruptible et lui permettra de sauver sa tête.
📌 Collot d’Herbois finira déporté en Guyane mais notre commissaire politique, lui, échappera à la vengeance des familles lyonnaises endeuillées. Il se fera d’abord oublier en servant d’informateur au directeur Barras, avant d’être nommé ambassadeur à Milan puis à La Haye.
📌 En juillet 1799, le Directoire en fera son ministre de la Police, poste où Bonaparte lui maintiendra sous le Consulat. Écarté en 1802 et nommé sénateur, il retrouvera son ministère sous l’Empire, de 1804 à 1810. Patiemment, Joseph Fouché tissera un immense réseau d’informateurs.
📌 Aux côtés de Talleyrand, il sera l’homme que Napoléon utilisera le plus tout en le craignant le plus. Son art de l’intrigue et son sens de l’influence en feront un redoutable homme de l’ombre.
📌 Le 7 juillet 1815, l’écrivain Chateaubriand assistera à une scène emblématique quand Fouché viendra jurer fidélité à Louis XVIII, conduit par Talleyrand : « Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le Vice appuyé sur le bras du Crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du Roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. »
📌 Bien qu’il ait contribué au retour des Bourbons, Louis XVIII ne pardonnera pas à Fouché d’avoir voté la mort de Louis XVI en janvier 1793. Frappé par la loi de 1816 contre les régicides, il s’exilera à Trieste où il mourra en 1820.
📌 Symbole parfait de l’opportunisme, Fouché a réussi à traverser tous les régimes du Directoire à la Restauration en passant par le Consulat et l’Empire napoléonien en plus de diriger la Police pendant une dizaine d’années.
📚 Stefan Zweig lui a consacré une biographie magistrale, Fouché (1929), qui éclaire toute la complexité du personnage et de son époque avec une grande finesse psychologique.
🎬 Il a été incarné au cinéma dans deux films : par Claude Brasseur dans Le Souper (1992) et par Fabrice Luchini dans L’Empereur de Paris (2018).
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💬 « Il y a quelque chose de plus utile que la force, c’est de savoir l’employer ». Joseph Fouché
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© ExploraLyon – Le jeu de piste sur l’histoire de Lyon
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